Et si ce bureau trop petit ou cette chaise inconfortable, que vous demandez à changer depuis des semaines sans succès, pouvaient enfin être facilement remplacés sans mobiliser le service achat de votre hôpital ?
Au CHU de Montpellier, où 12 000 personnels exercent dans 400 000 m², on a trouvé la parade pour troquer du matériel par le biais d’une plateforme de la société MyTroc qui centralise tout le stock à disposition. Bureaux, chariots de ménage, fauteuils de toilettes, dispositifs médicaux non stériles, petits matériels de laboratoire se donnent entre services ou établissements qui composent le CHU. Le groupement hospitalier de Grand Paris Nord-Est et le groupe Emeis (ex-Orpea) pour ses cliniques SMR ont, eux aussi, adopté cette solution écologique.
Montpellier a nommé son marché de troc digital Le Broc santé. L’acronyme « veut dire “bonne recherche d’offre de consommation” en santé », précise Christelle Hourdier-Ducasse, cadre de santé au CHU qui a consacré son mémoire de DU en management du développement durable à cette méthode de réemploi.
Fini les commandes mal quantifiées
Il n’est donc plus question d’allonger la liste des commandes annuelles, d’attendre la livraison et de reléguer le matériel inutilisé dans les réserves. Fini les attentes de plusieurs mois pour une simple armoire ou un chariot alors que les équipes en ont besoin de suite. Fini aussi les commandes mal quantifiées : « Récemment, j’ai commandé un support pour les brosses qui servent à nous laver les mains au bloc, j’en ai reçu 18 de la part du fournisseur et une fois le carton ouvert, je ne pouvais plus leur renvoyer », déplore Christelle Hourdier-Ducasse. Elle va donc poster le surplus sur Le Broc santé, à la façon de petites annonces pour les particuliers. « C’est comme sur Leboncoin », vulgarise-t-elle.

Concrètement, les personnels prennent une photo de l’objet boudé par les équipes, indiquent un code et publient une courte description dans une annonce publiée sur la plateforme. Il est nécessaire de mentionner le poids, les dimensions et l’état de l’objet. « La démarche est rapide et l’annonce est modérée par le N+1 pour vérifier que l’objet fasse bien partie de ceux que nous autorisons à échanger », indique Christelle Hourdier-Ducasse. Si le mobilier, les fournitures de bureau et le matériel médical non stérile peuvent être troqués, ce n’est pas le cas de certains dispositifs médicaux qui nécessitent une maintenance bien spécifique.
Près de 280 000 euros économisés
Outre l’avantage écologique de cette démarche, l’hôpital apprécie aussi l’apport économique de la plateforme. En limitant ses achats d’articles neufs, le CHU a économisé près de 280 000 euros depuis son lancement, en avril 2024. L’établissement monnaie ce service contre un abonnement annuel qui « a pu être rentabilisé en trois mois », indique sans donner de précisions Morgane Morat, coordinatrice projets RSE de l’établissement.
À ce jour, 26 tonnes d'objets ont été échangés au CHU de Montpellier, que la plateforme classe comme « des déchets évités grâce à la mutualisation ». Près de 2 300 salariés du CHU se sont inscrits sur le site, dont beaucoup de cadres dans les services de soins et de secrétaires, habitués à gérer les approvisionnements.
Reste que malgré l’existence de cette solution innovante, « certains services jettent encore des objets, regrette Morgane Morat. Ils invoquent le manque de temps ou ils pensent peut-être que c’est plus simple. » Changer les mentalités prend du temps.
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