À 65 ans, beaucoup songent à raccrocher. Le Dr Patrick Errard, lui, a choisi de reprendre du service après une carrière de 30 ans dans l’industrie pharmaceutique, dirigeant de laboratoire et président du Leem de 2013 à 2018 (avant de rejoindre le Medef). Gastroentérologue de formation, il est devenu médecin urgentiste à l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) en 2024. Pour y parvenir, il a dû valider huit mois de formation à raison de onze heures d’affilée, deux jours par semaine. « Je m’étais lancé un défi : tout réapprendre et retourner dans mon métier d’origine, ma vraie passion. Je voulais aussi me sentir utile à 65 ans. »
Plus vieux stagiaire de l’AP-HP, il décide à l’époque de repartir de zéro et de retrouver son statut de praticien hospitalier. Ce nouveau départ lui a permis d’observer les urgences sous un autre angle, qu’il dépeint tout au long de 14 nouvelles réunies dans un ouvrage paru au mois de janvier 2026 (Sthétoscopie, ce que les urgences disent de nous*). « J’ai voulu réaliser un livre témoignage dans lequel le lecteur puisse endosser la blouse et vivre véritablement l’atmosphère des urgences, montrer ce que les patients racontent de notre société et du système de soins », explique le Dr Errard.
Pour lui, nous sommes arrivés à une fin de cycle. Il explique que, dans les années 80-90, le médecin de famille assurait le premier recours, se déplaçait à domicile et absorbait une grande partie des situations intermédiaires — celles qui ne relevaient ni de la consultation simple ni de l’urgence vitale. En raison du vieillissement de la population, de l’évolution du système de soins, ce modèle a progressivement disparu, et les patients se sont tournés vers les urgences.
Selon ce praticien, l’organisation du système de soins n’a absolument pas anticipé les conséquences du vieillissement, minorant les situations que ni le maintien à domicile ni les structures intermédiaires ne suffisent à absorber. « Les urgences, renchérit-il, deviennent alors un point de passage obligé, parfois sans même une consultation préalable en ville. »
Un système à bout de souffle
Son diagnostic ? La véritable crise des urgences découle du manque de lits d’hospitalisation. En tant qu’urgentiste, il a constaté que « la crise apparaît au moment de l’hospitalisation. Trouver une place devient souvent l’étape la plus longue et la plus complexe de la prise en charge. La difficulté majeure est de pouvoir placer les malades, en particulier les personnes âgées, dans des lits lorsqu’il faut les hospitaliser. » Faute d’aval, les patients restent sur des brancards, transformant les services d’urgence en unités « d’hébergement provisoire ».
Ce retour aux urgences ne révèle donc pas une crise hospitalière isolée, mais une transition démographique du fait du baby boom et de l’accroissement extrêmement important du nombre de personnes nées dans les années 50-60. L’hôpital doit aujourd’hui faire face à une situation que la société n’a pas encore gérée : la prise en charge quotidienne d’une population très âgée.
Avec pragmatisme et détermination, le Dr Errard essaie d’avoir un regard plus mûr sur un système de soin qui doit se réinventer. Le résultat ? Un livre témoignage qui, tout en jouant sur la racine du stéthoscope, livre avec humanité et humour le témoignage réaliste sur l’une des facettes cachées de l’évolution de notre société.
Sthétoscopie – Ce que les urgences disent de nous.
Éditions L’Harmattan, 242 pages
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