Du mieux mais pas de quoi pavoiser. Les pressions exercées par les autorités de santé sur les laboratoires ont commencé à porter leurs fruits, dans un contexte mondial toujours marqué par les tensions de production de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), pour lesquels une interruption de traitement est dangereuse.
Concrètement, le nombre de ruptures actives a reflué progressivement avec 400 présentations de médicaments MITM qui manquaient fin 2024 alors qu’on comptait jusqu’à 800 produits MITM destinés aux officines en rupture simultanément au pic de l’hiver 2022/2023. Une situation meilleure, donc, mais un niveau de ruptures « encore élevé », souligne cette étude de la Drees (ministère), réalisée en collaboration avec l’ANSM. Quant aux risques de rupture – un halo recouvrant des situations plus hétérogènes, à l’appréciation des labos – ils s’étaient aussi envolés en 2022 (2 200) et 2023 (3 370) avant de baisser également à partir du printemps 2024 (2900).
Conclusion : la pression demeure mais de façon nettement moins forte qu’à l’hiver 2022-2023, selon l’étude publiée ce jeudi. L’analyse a été réalisée sur le nombre de boîtes manquantes en officine, qui concernent 85 % des ruptures ou risques de ruptures de stock parmi les quelque 10 000 MITM existants.

Cette tendance positive se traduit aussi par le nombre de boîtes concernées par une rupture, qui a baissé à partir de 2023. Au printemps 2020, à l’aube de la crise sanitaire, quatre millions de boîtes vendues par mois manquaient, avant de repasser sous le million en fin d’année. Puis en 2021, la situation se dégrade fortement avec un pic de criticité à 11 millions de boîtes manquantes en janvier 2023, soit une part comprise entre 9 et 14 % du marché des MITM. Après cette phase critique s’amorce une lente décrue des ruptures, passant sous la barre des 5 millions début 2024. Avec les risques identifiés, cela représentait « au plus haut des tensions, un tiers du marché des MITM », souligne Gladys Baudet, data scientist à la Drees, coautrice de l’étude. Désormais, « le pic de criticité semble passé, mais on reste sur des niveaux très élevés », analyse Clément Dherbécourt (Drees), coauteur de l’étude.
Toutes les classes thérapeutiques touchées mais de façon variable
L’étude confirme qu’aucune classe thérapeutique n’a été épargnée par la vague de ruptures de stock ayant suivi l’année 2021, selon cette étude qui s'est appuyée sur les déclarations des industriels. Mais près des trois quarts des déclarations de ruptures de stock étaient concentrés sur quatre classes : les médicaments du système cardio-vasculaire (29 % des déclarations), du système nerveux (21 %) – dont une part importante concerne le paracétamol – les antibiotiques (14 %) et le système digestif (10 %).
Le reflux du nombre de dossiers après le pic de l’hiver 2022/2023 s’explique d’abord par la meilleure disponibilité des médicaments du système cardiovasculaire.

Trois semaines de stock supplémentaire en deux ans
« La sévérité des risques de rupture de stock semble s’atténuer, si l'on en juge aussi par le niveau des stocks déclarés », constatent la Drees et l'ANSM. Ainsi, fin 2024, la moitié des laboratoires disaient avoir plus de deux mois de réserve contre 1,3 mois fin 2022. « Un signe encourageant », selon les auteurs de l’étude
Ces tensions ont-elles eu des effets directs sur les ventes de MITM ? En moyenne, pendant un épisode, les ventes aux pharmacies ont accusé une baisse de 11 % en cas de rupture de stock et de 7 % en cas de risque de rupture. Les cas de figure sont d’ailleurs différents : les ruptures (ou risques de ruptures) de traitements des cancers et du sang sont plus rarement suivis d’un effondrement des ventes ; à l’inverse les déclarations concernant les antibiotiques s’accompagnent plus fréquemment d’une chute. « Les déclarations des ruptures de stock ne sont pas systématiquement suivies d’un effondrement des ventes, analyse Gladys Baudet. Mais plus l’épisode dure longtemps, plus il a une influence. »

À noter que le manque de matière première – souvent mis en avant comme la cause principale – ne concerne que 10 % des situations de rupture, ce qui traduit une situation multifactorielle. Les causes avancées par les laboratoires pour expliquer des ruptures de stocks sont souvent liées à une augmentation imprévue de la demande ou/et à un problème de production. « Je reste donc prudente sur l’analyse de la tendance, analyse la Pr Catherine Paugam-Burtz, directrice de l’ANSM. Mais la meilleure anticipation des déclarations permet de mieux gérer les phases à risque ».
« La mobilisation collective des acteurs a permis de faire bouger les lignes », a aussi salué ce jeudi le syndicat patronal des entreprises du médicament (Leem). Le lobby des laboratoires propose d’aller plus loin avec un système d’information unique de suivi des stocks de médicaments et une révision des prix des molécules à risque, qu'elle juge trop bas, pour sécuriser leur production en Europe.
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