Plusieurs mois après la première vague épidémique, la recherche sur le « Covid long » - forme de Covid-19 associée à des manifestations tardives persistant ou apparaissant plusieurs semaines après une infection par le SARS-CoV-2 - s’organise en France. Et pour cause.
Depuis cet été et l’émergence du #apresJ20, les témoignages de malades se multiplient. Des patients regroupés au sein du collectif Malades du Covid-19 au long cours réclamaient même déjà, en juin, que le « désert » d’information et de coordination médicale entourant les formes longues de Covid-19 soit dissipé. « Nous restons livrés à nous-mêmes avec des symptômes handicapants sans qu'aucune information listant les pathologies n'existe ; sans qu'aucun protocole de prise en charge et de suivi coordonné au niveau national n'ait été défini à l'échelle du pays », déploraient-ils dans une tribune du JDD.
Quelques investigations menées en France où à l’étranger ont permis à des infectiologues tels que Pierre Tattevin d’avancer, un mois après le déconfinement, que 15 % des sujets ayant contracté des formes souvent peu graves de Covid-19 pourraient ne pas avoir pleinement récupéré 6 semaines après les premiers signes d’infection. Pour autant, « les symptômes du Covid long et l’impact de la maladie sur la vie des patients sont encore mal connus », admettait ce jeudi l’AP-HP.
Dans cette situation, des chercheurs se mobilisent dans l’objectif de caractériser plus précisément les signes cliniques du Covid long, mais pas seulement.
Identifier les manifestations du Covid long
Le premier type d’efforts déployés semble en effet viser à identifier les différentes manifestations du Covid long. C’est en tout cas ce à quoi se sont attelés les chercheurs de l’AP-HP impliqués dans le projet ComPaRe (pour Communauté de Patients pour la recherche) : parmi les 40 000 patients inclus dans ce projet de recherche sur les maladies chroniques, 600 patients atteints de Covid long auraient déjà été recrutés et « invités à décrire […]toutes les manifestations de leur maladie ».
Résultat préliminaire de l’analyse effectuée au Centre d’épidémiologie clinique de l’Hôpital Hôtel-Dieu : le Covid long pourrait être associé à une cinquantaine de signes cliniques, parmi lesquels des symptômes non seulement généraux (fatigue, frissons, insomnies, perte d’appétit et de poids, etc.) mais aussi neurologiques (céphalées, brouillard mental, vertiges, troubles de la sensibilité, de l’odorat, du goût, etc.), thoraciques (dyspnée, toux, tachycardie, etc.), locomoteurs, digestifs, vasculaires, etc.
Développer des outils à destination des cliniciens
Parce que ce genre d'avancées doit avant tout servir à améliorer la prise en charge de ces patients, certains travaux visent également à élaborer des outils utilisables en pratique clinique.
C’est notamment le cas de l’étude de l’AP-HP, qui vient de lancer un appel à participation pour le deuxième volet de ses recherches. Cette seconde étape devrait aboutir au développement « d’un questionnaire qui permettra d’obtenir une mesure valide et fiable de l’évolution du Covid long », prévoit l’AP-HP. Ambition de ces chercheurs : fournir aux médecins un « outil de suivi » permettant d'adapter les prises en charge « en fonction des symptômes et de l’impact de la maladie sur [la vie des malades] ». À noter que ce futur questionnaire pourrait également être utilisé en recherche comme critère de jugement rapporté par les patients (Patient Reported Outcome Measurement).
Mieux comprendre la maladie
Au-delà de cet intérêt pratique direct, les recherches menées en France à propos du Covid long comportent également des enjeux plus théoriques.
À titre d’exemple, l’étude Cocolate, coordonnée par le centre hospitalier de Tourcoing, qui pourrait à terme inclure 1 000 patients suivis dans une vingtaine d’hôpitaux français et dont le lancement a été relayé aujourd’hui par l’AFP, vise notamment à mieux comprendre « les causes de la persistance de symptômes chez certains malades ». C’est qu’à l’heure actuelle, les hypothèses concernant l’étiologie de ces signes s'étendent « du champ psychologique, avec une somatisation liée au stress de l'épidémie, à une persistance d'une réaction inflammatoire, voire une persistance du virus », résume l’AFP.
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