En France, les personnes les plus modestes se suicident deux fois plus que les plus aisées, la pauvreté favorisant « les troubles mentaux » et « la souffrance psychique », selon une étude publiée ce 29 janvier par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).
Globalement, le taux moyen de suicide est de 13,6 pour 100 000 habitants entre 2011 et 2021 dans le pays : il monte à 21,2 pour les hommes contre 6,5 chez les femmes, précise le service statistique du ministère de la Santé.
Une « inégalité selon le revenu » apparaît pour les deux sexes, montre l'étude publique. À âge comparable, le taux de suicide des 10 % d'hommes ayant le niveau socio-économique le plus modeste (25,7 pour 100 000) est plus de deux fois supérieur à celui des 10 % les plus aisés (11,3 pour 100 000). C'est aussi le cas chez les femmes (9 et 4,1 pour 100 000 respectivement).
Conséquence « extrême » d'une « souffrance psychique insupportable », le suicide découle de « très importants déterminants individuels d'ordre biographique » : une personne sur deux ayant mis fin à ses jours – les trois quarts sont des hommes – souffrait d'un trouble psychiatrique, indique l'étude. « Le principal facteur de risque demeure la présence d’un trouble psychiatrique », souligne l’étude précisant que « les taux observés chez les personnes concernées sont jusqu’à trente fois supérieurs à ceux de l’ensemble de la population ». Mais, même après la prise en compte de ces troubles, les liens entre niveau de vie, catégorie socioprofessionnelle et suicide demeurent.
Agriculteurs, employés et ouvriers plus à risque que les cadres
Les facteurs de risque démographiques et socioéconomiques pèsent aussi. Le programme Cosmop de l'Institut national de veille sanitaire a montré une surmortalité par suicide des salariés agricoles et des ouvriers par rapport aux cadres entre 1976 et 2002.
La Drees a pris le relais en scrutant de vastes données plus récentes (fiscales, de santé…) extraites notamment de l'échantillon démographique permanent (EDP) qui comprend 4 millions d'individus vivant ou ayant vécu en France depuis 1968.
Il en ressort notamment que les « hommes agriculteurs exploitants, retraités inclus, se suicident sensiblement plus » que la moyenne (43,7 pour 100 000) ce qui s'explique « en partie par leur moyenne d'âge élevée » – les hommes âgés étant la catégorie qui se suicide le plus.
De même, « employés et ouvriers présentent des risques de suicide plus élevés que les cadres et professions intellectuelles supérieures ». Un haut niveau de diplôme est associé à une baisse du risque de suicide chez l’homme alors que ce n’est pas le cas chez la femme. Des études antérieures ont montré que le manque de ressources « favorise les troubles mentaux et la souffrance psychique », rappelle la Drees, du fait de « l'angoisse de la précarité économique, de la fréquence accrue d'adversités, des discriminations ». En outre, les personnes des milieux populaires reçoivent des soins de moindre qualité.
Le veuvage est un facteur de risque majeur, particulièrement chez les hommes. « Le fait d’avoir survécu à son conjoint multiplie par 2 le risque de suicide chez les femmes et par 9 chez les hommes », lit-on. Plus généralement, à âge égal, les personnes veuves, célibataires ou divorcées présentent des taux de suicide plus élevés que celles en couple. À l’inverse, la présence d’enfants et la vie en ménage réduisent le risque.
Quels que soient l'âge, les revenus, la structure familiale et la catégorie socioprofessionnelle, les personnes nées en France métropolitaine se suicident davantage que celles nées en Outre-mer ou à l'étranger, comme celles vivant en zone rurale par rapport aux zones urbaines.
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