La situation est critique, le document rendu ce 23 septembre à Marisol Touraine par le Dr Jean Carlet, président de l’Alliance Contre le développement des Bactéries Multi-Résistantes (ACdeBMR), n’est pas tant un rapport qu’un appel : « Si rien ne change rapidement, la résistance bactérienne paralysera notre système de santé », y lit-on.
Chaque année, les infections à bactéries multirésistantes touchent 158 000 Français, et 12 500 en meurent, selon l’étude Burden BMR, conduite par l’Institut national de veille sanitaire. En France, le coût de la consommation d’antibiotiques en ville est supérieur de 71 millions d’euros à la moyenne européenne et de 441 millions d’euros par rapport aux pays les plus vertueux. Entre 30 et 50 % des antibiothérapies sont prescrites inutilement.
Malgré le plan d’alerte sur les antibiotiques 2011-2016, « la consommation globale d’antibiotiques est à nouveau en hausse depuis 2010 », a indiqué Marisol Touraine. Parallèlement, rares sont les nouveaux antibiotiques qui arrivent sur le marché, leur retour sur investissement étant considéré comme trop faible par les industriels. L’antibiorésistance est un phénomène global, en partie provoqué par les activités humaines et la pollution. Sans réaction de la communauté internationale, plus de 10 millions de personnes pourraient mourir chaque année de l’antibiorésistance en 2050, estiment les experts.
Réduire de 25 % la consommation française
Le rapport insiste sur la nécessité d’un pilotage national de la lutte contre l’antibiorésistance, confié à un comité interministériel auprès du Premier ministre. « Je désignerai prochainement le délégué chargé de piloter ce travail », annonce Marisol Touraine. Sa mission : réduire de 25 % la consommation globale d’antibiotiques (ce qui était déjà l’objectif du plan 2011-2016 étalé sur 5 ans) et faire passer la mortalité en dessous des 10 000 décès par an.
Renforcer l’engagement des prescripteurs et limiter la durée de prescription à 7 jours
Pour améliorer la prescription des antibiotiques, le rapport préconise d’inscrire dès la prochaine négociation conventionnelle davantage d’indicateurs sur l’antibiothérapie dans la ROSP des généralistes, et de les étendre à d’autres spécialistes (pédiatres, ORL).
L’Assurance-maladie doit pouvoir envoyer chaque année aux médecins de ville le relevé de leurs prescriptions et cibler les mauvais élèves, qui devraient être obligatoirement formés et évalués.
À l’hôpital, l’indicateur composite de bon usage des antibiotiques (ICATB.2) doit être revu, en intégrant de nouveaux indicateurs. En EHPAD, un programme de bon usage des antibiotiques doit devenir une mission obligatoire du coordonnateur ; un score de certification ICATB adapté serait nécessaire.
Les durées de prescriptions doivent être revues à la baisse, avec la suppression de fourchettes (« entre 7 et 10 jours ») et la limitation à une semaine pour les traitements en médecine ambulatoire.
Un référent antibiotique devrait être présent dans chaque ARS. Des recommandations sur l’antibiothérapie validées par la HAS doivent être mises à disposition des prescripteurs.
Les résultats de l’expérimentation de la dispensation à l’unité des antibiotiques dans 100 officines seront publiés dans les prochains mois.
Recherche et innovation
Fidèle au rapport, Marisol Touraine a annoncé le lancement en 2016 d’un plan national interdisciplinaire de recherche sur l’antibiorésistance, piloté par l’alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan) et l’alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvi). Les experts proposent qu’il s’étende sur 5 ans (2016-2020).
Lors du prochain G7 Santé à Berlin début octobre, la ministre de la Santé devrait défendre la nécessité d’innover sur le modèle économique et de reconnaître un statut à part pour les produits novateurs, que les industriels rechignent à produire.
Enfin, la sensibilisation du grand public sera relancée en particulier sur les réseaux sociaux et via les nouvelles technologies. Marisol Touraine soutiendra la candidature de lutte contre l’antibiorésistance comme grande cause nationale 2016, proposée par les associations le Lien et AC2BMR.
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