Au terme de son mandat à la présidence de la Mutualité française (il partira le 23 juin), Étienne Caniard a exprimé, avec une grande liberté de parole, son inquiétude sur l’avenir de la protection sociale en France… mais aussi ses regrets.
Invité d’une rencontre organisée à Paris par Nile Consultants, le patron de la FNMF s’est montré très réservé sur la mise en place de l’accord national interprofessionnel (ANI), qui oblige depuis le 1er janvier 2016 les entreprises à proposer une complémentaire santé à tous leurs salariés. « Pourquoi avoir changé un système qui marche ? Sur quatre millions de personnes qui n’étaient jusqu'ici pas équipées par une complémentaire d’entreprise, 80 % avaient déjà un contrat individuel, a-t-il affirmé. N’aurait-il pas été préférable de consacrer le coût de l’ANI (1,5 milliard d’euros) aux populations fragiles, aux jeunes en difficulté d’insertion et aux retraités, qui renoncent à une complémentaire santé ? »
« On fabrique de l'exclusion »
La labellisation de contrats de complémentaire santé pour les plus de 65 ans, avec trois niveaux de garanties, est également perçue comme un danger par le président de la FNMF, susceptible d'entraîner une « segmentation » du marché, de mettre à mal les principes de solidarité, et d'avoir des répercussions sur les tarifs des cotisations.
« Quand on dit que les complémentaires santé ne sont plus très solidaires, c’est en partie vrai », a-t-il expliqué, regrettant l’évolution générale des pratiques tarifaires des organismes en fonction de l’âge du contractant. « 92 % des contrats des sociétés d’assurance ont une tarification convexe, qui augmente en fonction de l’âge de l’adhérent, a détaillé Étienne Caniard, citant une récente étude de la DREES sur le sujet. Chez les mutuelles, 19 % des contrats ont un abonnement qui augmente, tandis que 51 % ont un tarif qui baisse avec l’âge. »
La généralisation de la complémentaire santé pour les plus de 65 ans, annoncée par François Hollande, ne serait pas la panacée. « Les mutuelles ne pourront pas vivre en ayant uniquement les mauvais risques. Les mutuelles proposent des tarifs accessibles aux personnes âgées et aux retraités, ce ne sera plus vrai demain », a-t-il mis en garde. Contrairement à l'objectif recherché, cette réforme faire aussi porter sur les autres assurés le coût des nouveaux contrats.
« Pour les gens à faibles revenus ou très malades, on construit une sorte de Medicaid et de Medicare pour les organismes complémentaires, résume-t-il. On va fabriquer de l’exclusion, on est en train de détruire le système de protection sociale à la française. »
Le renoncement aux soins, illustration d'un échec
Le président de la FNMF a enfin déploré que soit entretenue « l’illusion que le régime obligatoire pourrait remplacer les complémentaires ». « Il faudrait pour cela le mettre à l’équilibre, rembourser sa dette et lui trouver un financement pour l’optique, le dentaire et l’audioprothèse. C’est hors de portée de notre système. »
Un peu amer, Étienne Caniard a regretté que les pouvoirs publics « raisonnent en taux de remboursement au lieu de prendre en compte l’évolution du reste à charge ». Selon lui, le résultat n’est pas à la hauteur. « Nous n’arrivons pas à réduire le renoncement aux soins », a conclu le patron de la Mutualité.
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