Par le Dr Luc Faucher*
JACQUES LACAN (1901-1981), psychiatre et psychanalyste, suscite toujours une réflexion sur la psychanalyse dans le monde entier, quelles que soient les écoles, quels que soient les différences et les différends…
D’une génération qui n’a pas connu la personne, mais l’œuvre, et par là détachée des querelles qui datent, mais ont eu la vie longue, nous soulignerons d’abord que Lacan c’est une pensée en mouvement. Nous ne l’avions pas perçu initialement ainsi, car son enseignement avait bien souvent été présenté comme inaccessible et hermétique. Freud est celui qui ne s’est jamais arrêté de remettre en question les concepts qu’il élaborait ; Lacan, dans son retour à Freud, puis sa relecture de Freud, a poursuivi ce travail et ses propres concepts, il s’est attaché à ne jamais les figer.
Pensée en mouvement donc et discours qui s’adresse aux psychiatres, depuis sa thèse de médecine sur la paranoïa. Il ne cessera d’articuler la pratique psychiatrique à celle de la psychanalyse, notamment par le maintien de sa présentation clinique à Sainte-Anne, par son « Petit discours aux psychiatres », en 1967, et son séminaire « Le savoir du psychanalyste », tout comme par son soutien au mouvement de psychothérapie institutionnelle. Son approche de la psychose a su non seulement réinventer une manière de la penser, mais aura aussi contribué à lutter contre la ségrégation des psychotiques, lutte poursuivie et à poursuivre pour tous les psychiatres, Jean-Pierre Olié en a toujours eu le souci.
Lacan aura mis en application le principe de Freud de l’échange de la psychanalyse avec ce qu’il a appelé, un temps, se servant d’un mot de la mathématique, pas par hasard, les « sciences affines », dont la liste n’est pas close. Cette ouverture participe d’une refonte du corpus freudien, avec d’abord ce qui est resté le plus connu « l’inconscient structuré comme un langage », et tout ce que cela implique sur la conception du symptôme, le renouveau de la pratique analytique, la féminité, le genre et les sujets non œdipiens, non structuré par le Nom du père, première façon de faire entendre la fonction paternelle au-delà du père biologique. C’est aussi la mise en place des catégories du Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel, une nouvelle topique. La seule « invention » qu’il se prête est celle de l’objet a, trouvé selon lui dans Deuil et Mélancolie. Lacan reconnut aussi sa dette à Winnicott et à son objet transitionnel, de même que concernant le Surmoi, il passa par la version du Surmoi kleinien. Sans oublier enfin l’accent mis sur le Réel si essentiel dans les au-delà du langage énigmatiques, événements corporels et la langue si proche de la lallation.
Lacan, demain…, c’est continuer à penser la clinique actuelle dans une société qui ne cesse de se transformer, comme il avait si tôt su aller au-delà de la pensée occidentale en se tournant vers la pensée chinoise.
L’Institut hospitalier de psychanalyse.
Dans cette dynamique, un nouveau service a été créé à l’hôpital Sainte-Anne en mai 2011, l’Institut hospitalier de psychanalyse (IHP), dont le chef de service, Françoise Gorog, a été élève et analysante de Lacan. L’IHP est un centre de consultation psychanalytique publique qui assure l’orientation et le suivi de patients en demande d’une écoute analytique. Il a aussi une vocation d’enseignement et de formation clinique, notamment auprès des internes en psychiatrie, des étudiants en psychologie et des élèves infirmiers. Il participe à la rencontre et aux échanges avec divers groupes psychanalytiques et de nombreuses disciplines ainsi qu’à la recherche dans le domaine de la psychanalyse, en particulier avec des stagiaires doctorants.
Difficile de prévoir ce qu’il en sera de l’œuvre de Lacan et de son apport à la psychanalyse demain… « Faites comme moi, ne m’imitez pas » a été le viatique qu’il donna à ses élèves ! Il soulignait qu’un psychanalyste serait indigne s’il ne repensait pas la psychanalyse avec son temps.
* Praticien hospitalier à l’Institut hospitalier de psychanalyse du centre hospitalier Sainte-Anne, Paris.
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention