EN AOÛT 2008, une équipe conduite par le Pr Lee Berger, de l’université de Witwatersrand de Johannesbourg, découvrait une nouvelle espèce d’australopithèque sur le site de Malapa, en Afrique du sud. Les chercheurs ont immédiatement suggéré que ce fossile de 1,95 à 1,78 million d’années, postérieur à Australopithecus afarensis, la célèbre « Lucy », pourrait être un ancêtre plus proche de l’homme que d’autres ancêtres supposés tels qu’Homo habilis. Les descriptions des deux premiers squelettes retrouvés sur le site, celui d’une femme adulte et celui d’un jeune garçon de 10-13 ans, présentaient en effet des traits des premières espèces du genre Homo, en fait Homo erectus, tout en conservant les caractéristiques d’un australopithèque (« le Quotidien » du 9 avril 2010). Les chercheurs ont baptisé cette nouvelle espèce d’hominidé « sediba », ce qui signifie « source » en sesotho, une des langues d’Afrique du Sud.
Au synchrotron de Grenoble.
Les nouvelles données anatomiques, qui font l’objet de cinq articles dans « Science », semblent conforter l’hypothèse émise par l’équipe de Pr Lee Berger quant aux origines du genre Homo. « Les nombreux caractères observés sur le cerveau et le reste du squelette font de ce fossile le meilleur ancêtre potentiel du genre humain, le genre Homo, bien plus que d’autres découvertes précédentes telles qu’Homo habilis », affirme l’anthropologue.
Depuis leurs premières découvertes, les chercheurs ont pu collecter plus de 220 os appartenant à quelque 5 individus, dont ceux de bébés, de jeunes enfants ou d’adultes. Plus de 80 scientifiques à travers le monde, en Afrique du Sud, en Allemagne, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, en Suisse et en France, se sont mobilisés pour analyser les restes de cet ancêtre.
C’est en France que la boîte crânienne du plus jeune des fossiles découverts en 2010 a été analysée. « L’ESRF est le synchrotron le plus puissant utilisé pour scanner des fossiles, c’est la référence mondiale pour l’étude non-destructrice des structures internes des fossiles », souligne Paul Tafforeau, paléoanthropologue grenoblois. Grâce à la résolution exceptionnelle que permet le synchrotron (90 microns, moins qu’un l’épaisseur d’un cheveu), les chercheurs ont pu visualiser dans ses moindres détails la surface intérieure de la boîte crânienne pourtant prise dans la roche, analyser l’empreinte sur la paroi et reconstituer un moulage virtuel en 3 D du cerveau de ce jeune Australopithèque.
L’étude de ce cerveau d’enfant « remarquablement bien conservé » montre, selon les chercheurs, une mosaïque étonnante de caractères. Son volume, d’environ 440 cm3, plus petit que celui d’Au. Afarensis, le place plutôt dans la catégorie des chimpanzés, dont la taille moyenne du cerveau est évaluée aux environs de 400 cm3. Toutefois, sa forme générale est plus proche de celle de l’homme moderne que du chimpanzé, notamment au niveau du lobe frontal, où les chercheurs ont observé ce qui pourrait être l’ébauche d’une aire de Broca associée au langage. Selon eux, cette observation apporte un éclairage nouveau sur la façon dont le cerveau a évolué en passant du genre Australopithecus au genre Homo. L’augmentation de la taille du cerveau était jusqu’ici considéré comme l’étape décisive de l’évolution jusqu’à l’homme moderne. L’étude du cerveau d’Australopithecus sediba suggère plutôt qu’une réorganisation des structures cérébrales serait à l’origine de cette transition.
Fabriquer et utiliser des outils.
D’autres éléments de l’étude de la main droite de la femelle adulte, la plus complète jamais examinée à ce jour, sont également en faveur d’une proximité avec l’homme moderne, même si elle conserve encore des caractéristiques d’un hominidé primitif. En particulier, des doigts plus courts que celui d’Au. afarensis et un pouce très long sont en faveur d’une grande habileté manuelle. Par ailleurs, la possibilité de mettre son pouce en opposition, de même que la forme de son poignet, capable de supporter des poids élevés, suggère que ce nouvel ancêtre était capable d’effectuer des gestes précis. « Ce mélange de morphologies suggère que l’Australopithèque de Malapa employait encore ses mains pour grimper aux arbres mais avait aussi une dextérité nécessaire à la fabrication d’outils en pierre », souligne une des chercheuses, Tracy Kivell, de l’Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne). Jusqu’ici, l’aptitude à utiliser des outils n’était attribuée qu’à Homo habilis. Selon la chercheuse, « la morphologie du cerveau et celle de la main suggèrent qu’Au. sediba pouvait fabriquer et utiliser des outils complexes ».
Quant à la bipédie, l’étude des hanches, du tibia et des pieds montre qu’Au. sediba marchait debout tout en conservant la possibilité de grimper aux arbres.
Selon le Pr Lee Berger, beaucoup d’éléments de ces études suggèrent qu’Au. sediba« ne descend pas d’Au. afarensis (Lucy) ni d’A. africanus, mais d’une autre lignée de pré-humains non encore identifiée. De plus, les caractères très avancés de la forme des mains suggèrent, elles, qu’il n’a pas conduit à Homo habilis, qui, bien que plus jeune de 200 000 à 300 000 ans présente une main aux caractères plus primitifs ». La controverse quant à la place de l’évolution de ce nouvel hominidé est d’ores et déjà lancée.
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