Quand, le 8 avril 1982, Daniel Shechtman observe dans son microscope un alliage d’aluminium et de manganèse aux motifs symétriques totalement inconnus et dont la structure ne se répète jamais à l’identique, il n’en croit pas ses yeux. « Une telle chose ne peut pas exister », s’exclame-t-il. Ses collègues, à commencer par le directeur du laboratoire de l’université Johns Hopkins où il travaille, ricanent. Il doit même changer d’équipe.
Mais cet Israélien de 70 ans, qui a trouvé sa vocation scientifique dans « l’Île mystérieuse » (lu 25 fois), va se battre pour faire reconnaître la découverte des quasi-cristaux, qui lui vaut cette année le prix Nobel de chimie. En 1983, il retourne au Technion, le centre scientifique le plus réputé du pays, dont il est issu, et continue à défendre ses conclusions. Malgré les nombreuses validations de ses expériences, il doit même affronter le double prix Nobel Linus Pauling (de chimie en 1954 et de la paix en 1962), qui déclare : « Danny Shechtman raconte n’importe quoi. Il n’y a pas de quasi-cristaux. Il n’y a que des quasi-scientifiques. »
C’est l’illustre amateur de vitamine C qui a tort. La communauté scientifique tout entière finit par le reconnaître. Daniel Shechtman a « fondamentalement modifié la conception d’un solide par les chimistes », souligne le comité Nobel. Des milliers de chercheurs œuvrent dans le champ ainsi ouvert. Ces matériaux, qui passionnent chimistes et mathématiciens, ont de nombreuses applications, dont, entre autres, de l’acier utilisé dans de fines aiguilles pour la chirurgie de l’œil. Et la leçon pour la science est toujours bonne à répéter : il faut savoir combattre des vérités établies.
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