LA PRISE EN CHARGE des plaies chroniques à domicile pourrait être optimisée en utilisant la télémédecine pour aider l’infirmière présente au domicile du patient. La téléassistance, grâce à une liaison par visioconférence, permet en effet un échange direct entre professionnels de santé autour d’un patient. Une expérience de ce type a été mise en place dans la région Basse-Normandie. Celle-ci s’est associée avec le Languedoc-Roussillon qui avait déjà une expérience de réseau non téléassisté. À l’origine du projet, un travail de mémoire réalisé par Brigitte Le Guyader, qui a souligné, à partir de 160 réponses à un questionnaire envoyé à quelque 400 infirmières libérales, les difficultés rencontrées dans la prise en charge des plaies à domicile. Ces difficultés, inhérentes à la fois au manque de formation, au manque d’uniformisation des traitements, à l’insuffisance de transmission entre les divers intervenants ou au sentiment de solitude face au patient et à la plaie, peuvent a priori être palliées par la mise en place d’un réseau utilisant la télémédecine. Cette expérience est déjà en place au Canada (Sherbrooke) et l’expérience française adapte cette expérience canadienne au modèle de santé français.
« Ce projet de recherche associant deux régions du nord et du sud de la France est financé par l’Europe, la région et la nation ; il suppose l’implication d’un double binôme "médecin traitant et infirmière libéral" et "médecin expert et infirmière experte" » note le Dr Anne Dompmartin, avant de rappeler que la télémédecine se pratique dans un cadre légal médical c’est-à-dire sous la responsabilité d’un médecin. En pratique, une infirmière experte, spécifiquement formée et après mise en place de référentiels et d’un protocole de délégation de compétences, conseille et guide à distance l’infirmière à domicile, qui est, elle, sous la responsabilité du médecin traitant.
Le patient souffrant d’une plaie chronique en impasse thérapeutique est, dans un premier temps, hospitalisé dans un centre référent proche de son domicile, ce qui permet de réaliser un bilan médical et social. Le diagnostic est fait par un médecin et le pronostic est établi par une équipe médicochirurgicale. Après avoir signé un consentement éclairé pour accepter d’entrer dans le réseau Telap (télémédecine appliquée aux plaies), le patient retourne à son domicile. Les soins initialement prescrits par le centre référent sont consignés dans une fiche informatisée qui est adressée, par le biais d’une messagerie sécurisée, au médecin traitant et à l’infirmière libérale. Cette dernière pourra alors prodiguer les soins en restant en contact avec le centre référent grâce à une consultation virtuelle renouvelée en moyenne tous les 15 jours, voire de façon plus rapprochée en cas de plaie difficile. Les dates de consultation sont programmées à l’avance entre l’infirmière libérale et l’infirmière du centre référent, mais une consultation peut être demandée en urgence en cas de complication. Le médecin peut si besoin assister à la consultation virtuelle ou la visionner avec le staff pour décider de la stratégie ultérieure. « Pour les infirmières libérales, ce mode prise en charge prend évidemment plus de temps qu’un soin classique à domicile, et ce temps supplémentaire doit être rémunéré », précise le Dr Dompmartin.
Des progrès techniques attendus.
Techniquement, la consultation virtuelle se fonde pour l’instant sur des appareils photographiques et des téléphones portables mais devrait, à terme, lorsque tous les budgets seront débloqués, se faire grâce à des tablettes autorisant la visioconférence et la prise de clichés en haute définition.
Ce projet, pour lequel une infirmière experte et un médecin expert ont du temps dédié, s’inscrit dans une réflexion globale, où les critères économiques, médicaux, de satisfaction des patients et des personnels de santé sont évalués. Avec l’idée, à terme, de pouvoir transposer ce type de prise en charge dans les pôles de santé ambulatoire.
L’application pratique du projet vient de démarrer, et les premiers retours seront certainement riches d’enseignements.
D’après un entretien avec le Dr Anne Dompmartin, CHU de Caen.
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