Détectés depuis au moins 8 ans le long de la frontière de la Thaïlande et de la Birmanie, puis en 2009 à l’Ouest du Cambodge, des parasites résistants à l’artémisinine sont en train de rendre obsolète le traitement le plus efficace à ce jour contre le paludisme. Le problème est de taille car le parasite impliqué n’est autre que le plasmodium falciparum, responsable de 90 % des décès par paludisme (655 000 morts en 2010). Des millions de vies sont donc menacées, préviennent plusieurs équipes de chercheurs dans une étude commune publiée jeudi dans le Lancet.
Des chercheurs de la Shoklo malaria research unit (SMRU) ont étudié de 2001 à 2010 dans des cliniques du nord-ouest de la Thaïlande un groupe de 3 202 malades atteint de paludisme non-compliqué dû à plasmodium falciparum et traités par une thérapie combinée à base d’artémisinine. Au cours de cette période, le temps moyen pour réduire de moitié le nombre de parasites dans le sang des patients est passé de 2,6 heures en 2001 à 3,7 heures en 2010, signe tangible d’une moindre efficacité des traitements. La proportion de patients traités sujets à une lente élimination des parasites dans le sang (plus de 6,2 heures) est évaluée à 20 % en 2010 contre 0,6 % en 2001.
Risque de propagation
D’ici deux à six ans, une évolution similaire pourrait être constatée à l’Ouest du Cambodge, estiment les chercheurs. « La dissémination des parasites résistants à l’artémisinine en Asie du Sud-Est et le risque de propagation en Afrique subsaharienne, où la plupart des décès se produisent, seraient un désastre en terme de santé publique », commente l’un des auteurs de l’étude, Standwell Nkhoma (Texas Biomédical Research Institute). En effet, « avec la propagation des parasites résistants à l’artémisinine, on risque de se retrouver sans autres traitements contre le paludisme », prévient-il.
Dans une autre étude publiée jeudi dans la revue « Science », le même groupe de chercheurs indique avoir identifié dans le chromosome 13 du génome des Plasmodium falciparum, une zone clé associée à la résistance à l’artémisinine. Ces travaux pourraient aboutir à l’élaboration de marqueurs moléculaires efficaces afin de surveiller la propagation de ces parasites résistants. « Si nous pouvons identifier les déterminants génétiques de cette résistance à l’artémisinine, nous serons alors en mesure de confirmer plus rapidement des cas potentiels de résistances à ce traitement », déclare le Dr Tim Anderson du Texas Biomedical Reseach Institute. Une course contre la montre est désormais engagée pour contenir ces parasites résistants dans les régions affectées et éviter une nouvelle catastrophe sanitaire.
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention