LE STAFF du musée des Beaux-Arts de Rennes est fin prêt en cette fin d’après-midi. Les deux momies rennaises qui, depuis 1923, dorment dans les réserves du musée breton, ont quitté pour quelques heures la salle d’égyptologie, où elles sont exposées au public depuis deux ans. Placées dans des sacs mortuaires puis dans deux caissons fabriqués sur mesure, elles attendent dans une camionnette banalisée le top départ pour prendre le chemin du CHU, où les accueilleront des radiologues et des manipulateurs radio, tous volontaires et bénévoles pour participer à cet examen très particulier.
Ces deux momies font partie des 39 qui ont été sélectionnées par l’équipe pluridisciplinaire chargée, sous l’égide du musée du Louvre, d’étudier cette mini-population issue – c’est le grand intérêt de l’opération – d’un même lieu : la nécropole d’Antinoë, fondée en 130 ap. JC en Moyenne-Égypte. Autre point commun : ces dépouilles ont été exhumés, comme 35 000 autres, pendant les fouilles coordonnées par l’archéologue français Albert Gayet entre 1895 et 1911. Un scénario unique qui va permettre d’en savoir davantage sur cette période paléochrétienne mal connue, à cheval entre époque romaine et époque byzantine (début du christianisme), durant laquelle l’on pratique un syncrétisme religieux.
« Même si les momies datent a priori de périodes différentes, elles viennent toutes du même site, explique Magali Coudert, coptologue et coresponsable d’un vaste projet d’édition sur "Les envois coptes d’Antinoë par l’État en France et à l’étranger", qui doit sortir en 2012. Tout cela est très prometteur ! Comme on ne connaît pas le contexte archéologique de tout ce qui a été prélevé, les carnets de fouilles d’Albert Gayet n’ayant pas été retrouvés, on doit faire parler le plus possible ces momies... Le seul moyen d’en savoir plus sur le quotidien de ces gens, c’est donc de faire travailler une équipe pluridisciplinaire. »
Pour percer le mystère de la nécropole d’Antinoë, des prélèvements et des séances d’observation macroscopique ont été effectués sur les 39 momies à fin d’analyses carbone 14, d’isotopes stables, ou encore pour étudier certains vêtements, du cuir et des végétaux… Sans oublier les scanners, organisés en trois mois seulement, à travers 13 étapes qui correspondent à quelques-uns des lieux de dépôt des momies rapportées par Albert Gayet. Une prouesse logistique et technique relevée par le Dr Samuel Merigeaud, radiologue au CHU Lapeyronie, à Montpellier, et spécialiste de l’utilisation des moyens d’imagerie médicale sur le matériel archéologique, dont les restes humains anciens.
Comme sur des patients.
« Tout est minuté », souligne ce jeune médecin, en attendant patiemment dans le couloir du centre cardio-pneumologique (CCP). La mise à disposition gratuite de ce matériel, en fonctionnement seulement depuis trois semaines alors, ne doit pas entraîner de perturbation de service. Les scan des deux momies auront donc lieu en toute fin de journée, après que les derniers patients programmés ce jour-là ont quitté la salle*. Ensuite, calmement, avec précision, Samuel Merigeaud donne ses consignes à l’équipe de jeunes manipulateurs radio. L’enjeu est de taille. Le médecin montpelliérain se concentre avant tout sur la qualité et le nombre d’images enregistrées. Entre 5 000 et 8 000 images par momie ; plus de 160 Go stockés à la fin de la campagne de scanner. Il ne faut pas commettre d’erreurs, car les acquisitions réalisées sur cette période constitueront la seule matière exploitable ensuite.
Les images acquises seront ensuite traitées avec un logiciel de 3 D. Des coupes axiales, sagittales, coronales et obliques seront ainsi obtenues. « On travaille sur ces coupes pour avoir des données dans l’espace, explique le Dr Samuel Merigeaud. Comme sur nos patients habituels, on interprète ce que l’on a, on améliore éventuellement en se focalisant davantage sur une image. Certaines momies, si on ne connaît pas leur sexe et leur âge notamment, demandent plus de travail que d’autres, de deux à cinq heures par momie. »
Un foie avec nodosités denses.
Il est encore trop tôt pour révéler l’ensemble des enseignements tirés de cette campagne de scanner, qui ne prendra tout son sens que lorsque les informations issues des images collectées auront pu être recoupées avec le fruit de l’intervention des autres spécialistes (dentiste, spécialistes des textiles, paléopathologiste…). Mais, en juillet, le Dr Samuel Merigeaud observait qu’un foie présentant des nodosités denses se retrouverait chez certaines momies. Il est vrai que l’originalité des momies coptes, qui ne sont en général pas éviscérées, permet un terrain d’investigations extraordinaire. Peut-être est-ce là un indice significatif d’une anormalité liée à une pathologie particulière. Peut-être est-ce dû au processus de momification du foie et à l’évolution des pratiques mortuaires…
* Les momies sont restées dans les sacs plastique durant l’examen en conformité avec le protocole de sécurité établi et pour éviter toute contamination fongique.
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