Troubles neurologiques et sexualité… décryptage
« Après 50 ans, le trouble sexuel peut être d’origine neurogène mais pas seulement : il peut être associé à des atteintes organiques et/ou psychologiques et/ou une iatrogénie (1). Il peut être isolé, mais également associé à des troubles urinaires, anorectaux ou à d’autres pathologies », explique le Dr Kathleen Charvier (médecin physique et de réadaptation, sexologue, Hospices Civils de Lyon, Pôle Sud).
Il existe des similitudes entre la neurophysiologie de la fonction mictionnelle et celle des réactions sexuelles. Pour la spécialiste, le retentissement de troubles urinaires – comme l’incontinence – sur la sexualité est possible (2). L’association de troubles sexuels à des troubles urinaires d’étiologie neurologique (3) l’est également ainsi que l’impact sur la sexualité de divers traitements, notamment à visée urinaire.
En cas de trouble sexuel +/- associé à un trouble urinaire et/ou anorectal, le médecin généraliste doit éliminer une atteinte organique sous-jacente/neurologique centrale ou périphérique. « Il faut examiner le périnée, un examen clinique simple en cabinet. En cas de doute, demander un avis à un médecin spécialiste (neurologue, urologue, andrologue, sexologue, endocrinologue, « périnéologue »). Et il faut se créer un réseau de correspondants complémentaires. »
Santé sexuelle… entre soma et psyché
Pour le Dr Marie Chevret-Measson (psychiatresexologue, Lyon 1), « les déterminants de la plainte sexuelle sont multiples. Ils peuvent être de l’ordre du biologique, psychologique, social, moral et éthique. Il faut établir la plainte principale et les facteurs sur lesquels il est possible de jouer (4)».
Il existe une association forte entre dépression et dysfonction érectile (DE) (1). « La DE, explique la spécialiste, est associée à une forte incidence des symptômes dépressifs quel que soit l’âge, le statut marital ou les comorbidités(1). Les patients avec symptômes dépressifs ont une libido plus basse que les patients sans symptômes dépressifs (5). »
Les patients présentant une DE ont 2,6 fois plus de risques de rapporter des symptômes dépressifs que les hommes présentant des troubles mictionnels liés à une HBP (p = 0,005) (5). Les patients présentant à la fois des troubles érectiles et des symptômes dépressifs sont plus à risque d’arrêter leur traitement que les patients sans DE (5).
Comment le médecin doit-il dépister la DE chez les patients psy et les symptômes psy chez les patients DE (6) ? En posant systématiquement la question, c’est montrer que l’on peut en parler au cabinet médical, en analysant les symptômes : érection, désir, éjaculation, en questionnant sur le contexte psychologique et relationnel.
Sexualité et conduites addictives : la vulnérabilité de l’être
Les zones cérébrales de l’addiction aux drogues sont souvent impliquées dans la sexualité (7). La consommation à risque est représentée par l’usage solitaire, l’usage massif, à visée auto-thérapeutique, la polyconsommation, l’âge précoce, la répétition des consommations et la conduite à risque sous l’emprise de produit. Parmi la population des plus de 50 ans, 2,4 % sont des usagers de poppers, substances qui fournissent du NO, monoxyde d’azote (principal médiateur de l’érection) qui va permettre d’augmenter l’excitation sexuelle, la seconde drogue étant la cocaïne (8). L’expérimentation de substances psychoactives concerne deux fois plus les hommes que les femmes, entre 18 et 64 ans (8).
« Les addictions comportementales sont de plus en plus présentes, en particulier le comportement sexuel compulsif [une prévalence de 2 à 4 % (9)] ; ce comportement est à risque de co-addiction et d’IST. La cybersexualité est de plus en plus présente également », insiste le Dr Sylvain Iceta (psychiatre-sexologue, chef de service de Psychiatrie, Hospices Civils de Lyon, Pôle Sud).
L’addiction à l’alcool a des conséquences bidirectionnelles, à la fois désinhibitrices et inhibitrices, comme la cocaïne et les opiacés (10). Trouvés sur internet, poppers, yohimbine, maca, fleur des elfes et ginkgo biloba font partie des drogues utilisées présentant des effets psychiques importants. Pour diminuer le risque d’addiction à celles-ci, il faut en parler avec les patients.
Références bibliographiques :
- Lue T. – Erectile dysfunction. N Engl J Med 2000; 342:1802-13.
- Sibert J, et al. – Retentissement sur la sexualité et la fertilité des douleurs pelvipérinéales chroniques. Prog Urol 2010; 20:917-21.
- Rouprêt M, et al. – Troubles sexuels associés aux maladies de la prostate. Prog Urol 2012; 22:S14-S20.
- McCabe M, Stanley E, Althof, et al. – Psychological and interpersonal dimensions of sexual function and dysfunction. J Sex Med 2010; 7(1 Pt2):327-36.
- Shabsigh R, et al. – Increased incidence of depressive symptoms in men with erectile dysfunction. Urology 1998; 52:848-52.
- Rajkumar RP, Kumaran AK. Depression and anxiety in men with sexual dysfunction: a retrospective study. Compr Psychiatry 2015; 60:114-8.
- Longo DL, Volkow ND, Koob, GF, McLellan AT. – Neurobiologic Advances from the Brain Disease Model of Addiction. N Engl J Med 2016; 374:363-71.
- Drogues et addictions, données essentielles. OFDT 2013. http://www.ofdt.fr/publications/collections/rapports/ouvrages-collectif…
- Mechelmans DJ, Irvine M, Banca P, Porter L, Mitchell S, et al. – Enhanced Attentional Bias towards Sexually Explicit Cues in Individuals with and without Compulsive Sexual Behaviours. PLoS ONE 2014; 9(8): e105476.
- Corazza O, Martinotti G, Santacroce R, Chillemi E, Di Giannantonio M, Schifano F, Cellek S. – Sexual enhancement products for sale online: raising awareness of the psychoactive effects of yohimbine, maca, horny goat weed, and Ginkgo biloba. Biomed Res Int 2014; 841798, 13 p.
Décembre 2016 – FRCLS00763a
Mise au point
Palpitations : orientation diagnostique
En 5 points
Obésité : suivi d’un patient sous aGLP-1
Cas clinique
La fasciite nécrosante
Mise au point
La périménopause