Sentiment de vulnérabilité, peur d'être contaminé et d'infecter ses proches, manque de confiance dans les autorités… Le personnel soignant de nuit de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), dont la majorité a été confrontée à des bouleversements organisationnels, a été fortement éprouvé lors de la première vague de Covid-19, démontre l'enquête transversale AP-HP Aladdin, publiée dans le « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » du 13 avril.
Quelque 1 387 personnes ont répondu à l'enquête menée entre le 15 juin et le 15 septembre 2020, auprès de l'ensemble du personnel soignant de nuit (12 000 personnes) des 39 hôpitaux de l'AP-HP. Plus de la moitié des répondants sont des infirmier(ère)s (52,3 %), suivies par les aides-soignant(e)s. Les trois quarts ont un poste fixe de nuit, depuis longtemps, et à peine la moitié se considère en bonne santé. Les médecins ne sont pas inclus dans l'étude.
Changement d'organisation du travail
Plus de six répondants sur dix ont vu l’organisation de leur travail modifiée depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Un quart fait état d'un changement de service, un tiers d'un changement de salle et 20 % d'un changement d'activité pour prendre en charge des patients Covid. La grande majorité déclare une augmentation du nombre d'heures de travail.
Malgré les différences socio-économiques entre les catégories de soignants, les auteurs soulignent un vécu et des perceptions de la gestion de la crise homogènes. Ainsi, 90,6 % de participants ont eu peur de transmettre le Covid-19 à leurs proches, 65,5 % d’être infectés au travail et 77,8 % se sont sentis plus vulnérables face à l’infection.
De même, plus de la moitié (58,4 %) des soignants déclare des difficultés d'accès au dépistage : près de 30 % n'ont pas répondu à la question sur leur statut sérologique, probablement car ils l'ignoraient. Plus de 13 % avaient en revanche contracté le SARS-CoV-2 lors de cette première vague.
L'enquête fait ressortir une certaine défiance à l'égard des autorités : un quart des répondants trouvent inadéquates les mesures de protection recommandées. Seulement 19 % des répondants disent avoir confiance dans les institutions (gouvernement, ministère de la Santé) pour gérer la crise sanitaire et près de 70 % jugent insuffisante l'information sur le Covid-19 reçue de la part de leur employeur.
10 % des soignants ont reçu un soutien psychologique
Seulement 10 % des répondants ont reçu un soutien psychologique, au cours des deux dernières semaines, un peu moins évoque une aide de leurs proches (7 %) ou de professionnels (8 %), et ce, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle. Ce faible pourcentage peut s'expliquer, avancent les auteurs, par une inadéquation de l'offre proposée par l’institution eu égard aux contraintes des travailleurs de nuit (impossibilité de quitter son poste la nuit, même pour quelques minutes, horaires inadaptés, etc.), mais aussi par l'absence de ressenti d'un besoin d'aide psychologique. « En effet, une surcharge de travail et une grande fatigue ont pu rendre difficile l’identification du besoin d’un soutien psychologique », lit-on. Les encouragements pouvaient être plus informels, de la part de collègues, voire de la société (plus de six soignants sur dix se sont sentis valorisés en tant que personnel de santé durant la première vague) ; un soutien d'autant plus important que les travailleurs hospitaliers de nuit se trouvent souvent à l'écart de l’organisation générale du service.
En conclusion, les auteurs insistent sur l'importance de prendre en compte les modifications organisationnelles dans l'évaluation globale de l’impact de la crise du Covid, d'autant plus qu'elle s'étire dans la durée. Ils estiment nécessaire de développer la prévention et le suivi des risques psychosociaux pour protéger un personnel en première ligne, ainsi que de développer l'information à leur adresse.
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