UNE DIZAINE de créateurs, peintres, auteurs dramatiques et photographe sont à l’affiche de la rue Bonaparte, pour cette journée-événement, à l’initiative du Pr Jacques-Louis Binet, ex-secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine et correspondant de l’Académie des Beaux-Arts. « Nous proposons aux médecins de venir découvrir des œuvres ultimes, explique l’ancien professeur de l’École du Louvre, où les artistes, en se battant contre la maladie qui va les emporter, se libèrent et transfigurent leurs œuvres. C’est l’occasion d’un enseignement à la fois en médecine et en histoire de l’art. »
Le tableau médical sera présenté par des spécialistes pour chacun des artistes évoqués. « Deux cas sont exceptionnels, souligne l’hématologue : celui de Raoul Dufy, souvent appelé le peintre du bonheur, atteint de polyarthrite rhumatoïde, qui a passé les dix dernières années de sa vie sur une petite chaise ; il a sa place dans l’histoire de la cortisone, puisqu’il est le premier patient au monde à avoir reçu un traitement prolongé à l’hydrocortisone. C’est au cours de cette période qu’il a peint la série des cargos noirs entrant dans le port du Havre. »
Autre patient hors du commun évoqué par le Pr Binet, Paul Klee : « Chassé de son pays par les nazis, il déclara une sclérodermie. Cette maladie, aujourd’hui devenue rare, lui a fait passer ses dernières années dans un abominable corset musculaire. Son style s’en est trouvé profondément affecté, avec l’utilisation de traits lourds qui expriment son amertume. »
La fin de Picasso sera évoquée par l’historien d’art Pierre Daix : « Il l’a vu à Mougins dessiner, un an avant sa mort, au milieu de ses mousquetaires et de ses délires érotiques, une tête de mort qui est aussi son dernier autoportrait, avec un regard fixe et terrorisé, les traits bistres appuyés sur des lignes vertes. En dessinant, Picasso répétait à Pierre Daix : "Je crois que j’ai touché là à quelque chose… Ça ne ressemble à rien de déjà fait." »
Dans ce Panthéon médico-artistique, le critique Pierre Schneider évoquera Édouard Manet, mort de la syphilis, et expliquera pourquoi il est en même temps un ancien et un moderne ; des photos surréalistes de Constantin Brancusi seront exposées et commentées ; les dernières lettres ultimes de Diego Giacometti seront lues, qui découvrent ses peurs abyssales. Les visiteurs auront droit aussi à un extrait de la pièce « Moi Caravage », écrite d’après le roman de Dominique Fernandez. Ils le verront peindre son œuvre ultime, « David et Goliath », avec la tête coupée de Goliath, dans lequel le peintre se serait représenté.
Ces dialogues des grands artistes avec le destin et la mort seraient-ils morbides ? «Certainement pas, proteste le Pr Binet, puisqu’on les voit réaliser des chef-d’œuvre en mourant.»
Académie de médecine, 16, rue Bonaparte, Paris 6e, vendredi 16 septembre, de 9 h 30 à 17 h 30.
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