[PODCAST] « Vous êtes une pièce nouvelle » : après les EVC, trouver sa place à l’hôpital

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Publié le 14/10/2026
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En novembre 2022, le docteur Felipe Horta, anesthésiste-réanimateur brésilien, arrive à Châteaugontier, en Mayenne, avec sa femme et ses deux enfants. Pour l’accueillir, l’hôpital organise une soirée d’intégration. « Je suis arrivé, c’était trop bien. Ils ont fait une soirée d’intégration », raconte-t-il. Bossa nova, spécialités brésiliennes et concert : l’établissement cherche à créer du lien au-delà des murs de l’hôpital.

Pour son directeur, Éric Alban-Giroux, l'objectif est aussi de fidéliser ces médecins, indispensables au bon fonctionnement de l’établissement. « Comment on intègre quelqu’un quand on a envie de le garder ? », interroge-t-il. Cela passe par les rencontres mais aussi par une aide très concrète : logement, banque, assurances, permis de conduire ou encore garde des enfants. « On ne les laisse pas isolés », insiste-t-il.

Sans les Padhue, beaucoup d'activités seraient fermées 

À Châteaugontier, les Padhue représentent près de la moitié des effectifs médicaux. « Sans l’apport de ces praticiens à diplôme étranger hors Union européenne, cet établissement serait fermé sur énormément de ses activités. On était là dans une question absolue de survie », explique le directeur.

 

Mais s’intégrer suppose aussi, pour les médecins, de revoir parfois leur position professionnelle. Arrivé d’Algérie en 2016, le chirurgien urologue Lotfi Khelfat raconte avoir dû « prendre le temps de gagner la confiance des gens », « écouter et apprendre ». Il résume son expérience ainsi : « Vous êtes une pièce nouvelle qui est introduite dans un système. Soit vous faites en sorte de bien vous limer pour être dans le système, sinon le système vous éjecte. »

Dix ans plus tard, il est devenu président de la commission médicale du centre hospitalier du Haut-Anjou. Un parcours qu’il associe au travail et au sacrifice. « Il faut travailler. […] Et lorsque les portes s’ouvrent, ce n’est pas une petite porte, mais c’est de gros portails. » Il reconnaît aussi le prix à payer : « Il y a du sacrifice. Moi mes enfants, je ne les ai pas vus beaucoup... Donc, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. »

Pour Felipe Horta, la question de la reconnaissance reste toutefois présente. Lorsqu’il est appelé pour réaliser des gestes que d’autres praticiens ne font pas, il ressent parfois « un petit sentiment d’injustice ». « Je mériterais d’avoir l’équivalence, mais je ne l’ai pas. […] Pour moi, c’est juste une question de temps. »

Et pour certains Padhue, l’intégration peut malheureusement prendre une autre tournure. L’avocat Léonard Balme-Leygues évoque des situations de racisme et de harcèlement. Des médecins en position de fragilité qui, selon lui, peuvent choisir de « faire le dos rond le temps que le stage se finisse ».

Derrière l’intégration professionnelle se dessine ainsi une autre réalité : celle des sacrifices personnels liés à l’exil. Un sujet au cœur du cinquième et dernier épisode de Corps étrangers.

Corps étrangers, le podcast

Une série en cinq épisodes à retrouver sur le site du Quotidien du Médecin et sur toutes les plateformes d’écoute.

Réalisation : Aude Frapin et Léa Petit Scagnola
Sous la direction d’Anne Bayle-Iniguez 
Direction artistique : Polina Mangot
Avec l’aide de Coralie Horgue et Audrey Chaussalet

Source : lequotidiendumedecin.fr