« Dans le contexte de désertification médicale, la réponse de l’agence régionale de santé est inadmissible ! », s’offusque le Dr Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la FMF. En cause : le refus de l’ARS d’un projet expérimental visant à améliorer l’accès aux soins dans la région francilienne, parfois qualifiée de premier désert médical de France, une initiative qu’il portait au titre de la commission « médecine générale » de l’URPS médecins libéraux (URPS ML) – dont il est l’un des coordinateurs.
Cette expérimentation dérogatoire « article 51 » aurait permis à des internes ayant effectué leur neuf années d’études de médecine générale (et pas concernés par l’allongement du cursus devant entrer en vigueur en novembre 2026 en raison d’une ou deux années de césure ou d’interruption), titulaires d’une licence de remplacement, d’exercer à conditions particulièrement favorables une année supplémentaire dans les territoires les moins dotés d’Île-de-France, en accord avec une trentaine de communes partenaires.
Ces conditions incitatives pour les internes en fin de cursus portaient sur un secrétariat en présentiel, un domicile pour se loger s’ils habitent loin du lieu d’exercice, un maître de stage universitaire (MSU) joignable par téléphone à tout moment pour sécuriser la pratique et une « garantie du doublement du salaire », soit un revenu minimum de 4 600 euros par mois.
« Rémunération kafkaïenne »
« Pour 60 consultations par semaine, ce n’était absolument pas scandaleux à mon sens, sachant qu’un généraliste installé en fait généralement le double ! Mais c’est sûr que c’est autre chose que la rémunération kafkaïenne pondue par un techno sous acide, telle qu’elle a été prévue pour les docteurs juniors [internes concernés par la dixième année] », ironise le Dr Hamon, qui affirme avoir eu l’oreille favorable des internes de la région francilienne, dont certains font grève chaque premier lundi du mois.
Volontairement limité, le projet de l’URPS adressé fin 2025 à l’ARS portait sur 30 communes, lesquelles se seraient engagées à fournir logement et locaux à l’interne volontaire. En outre, « les maires engagés pouvaient demander une dérogation pour que la Sécurité sociale finance le secrétariat dans le cadre de l’avenant sur les assistants médicaux », explique le Dr Hamon.
Manque de souplesse
Las, la réponse de l’ARS francilienne, « non signée », reprocherait au projet d’être « l’équivalent d’une subvention », bien que le Dr Jean-Paul Hamon s’en défende. L’ARS mentionne aussi dans sa réponse l’ensemble des aides à l’installation déjà opérationnelles dans la région. La tutelle ajoute que ce projet ne rentre pas dans le cadre des expérimentations au titre de l’article 51… « Nous attendions un peu de souplesse et, surtout, un coup de pouce, pour que nous puissions démontrer qu’en étant très incitatif, le dispositif des docteurs juniors peut être un succès. Et pourquoi pas généraliser notre rémunération… », confie le Dr Jean-Paul Hamon.
Médecin généraliste à Paris, le Dr Richard Handschuh, lui aussi coordonnateur de la commission « médecine générale » de l’URPS ML IDF, il se dit « atterré par cette réponse ». « On ne peut pas dire : “Il faut que les jeunes médecins s’installent” et, quand un modeste projet est proposé, répondre : “Non, on n’en veut pas !” Je suis déçu pour les internes et les patients franciliens, qui peinent à trouver un médecin… », regrette-t-il.
Réunie en bureau mercredi, l’URPS ML IDF a « pris acte » de la décision de l’ARS francilienne. Elle se dirige désormais vers la région, qui a voté dans son budget 2026 un vaste plan de lutte contre la désertification médicale, dont cette initiative pourrait (peut-être) faire partie.
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