Les jeunes médecins démarrant leur carrière hospitalière ne pourront plus exercer sous forme de contrat temporaire avant deux années d’exercice préalable en établissement de santé. Ce nouveau bornage de l’intérim médical, qui était attendu, restreint la marge de manœuvre des jeunes praticiens et suscite la colère des organisations syndicales.
Le décret en ce sens publié le 30 novembre 2025 est effectif depuis le 1er décembre. Il borne la durée minimale d'exercice requise à « deux ans » avant tout emploi intérimaire, précisément pour cibler les jeunes professionnels de santé, et élargit surtout cette durée minimum aux personnels médicaux. « Cette durée est requise pour les professionnels concluant leur premier contrat avec une entreprise de travail temporaire en vue d'exercer leur profession et, le cas échéant, leur spécialité, dans le cadre d'une mise à disposition à un établissement de santé ou un laboratoire de biologie médicale », peut-on lire.
Le gouvernement n’a guère eu le choix : son premier décret de juin 2024 avait été retoqué par le Conseil d’État. En application de la loi Valletoux de décembre 2023, la plus haute juridiction administrative avait imposé au gouvernement de revoir les modalités d’encadrement de l’intérim médical. Le nouveau texte complète l’arsenal avec des sanctions financières en cas de violation de cette réglementation.
Mis devant le fait accompli des nouvelles règles du jeu, les syndicats de médecins concernés ne décolèrent pas. « C’est une discrimination anti-jeunes inacceptable dont nous ne voyons pas du tout l’intérêt, ni pour faciliter les soins, ni pour réaliser des économies », dénonce la Dr Anna Boctor, présidente de Jeunes Médecins (JM). La pédiatre ne comprend pas pourquoi « on sanctionne les jeunes praticiens déjà payés au lance-pierre », qui ont fait dix ans d’études et « font tourner » les services.
Risque de fuite des jeunes
Même réaction vive de la part du président du Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux (SNMRH), qui juge la mesure contreproductive. « Cette réglementation qui veut forcer les jeunes médecins à prendre des contrats fixes à l’hôpital, les empêche en réalité d’y exercer », s’inquiète le Dr Éric Reboli. Aux urgences déjà, le recrutement des jeunes se révèle ardu et ce bornage de l’intérim pourrait aggraver la situation. « Les hôpitaux sont incapables de réguler les flux de patients. Débordés, ils les envoient dans le privé qui ne dispose pas de plateau technique », argue l’urgentiste. Ce syndicaliste voyait auparavant deux avantages majeurs dans l’intérim médical : le fait d’être mieux rémunéré pour ces missions temporaires et la possibilité de tester plusieurs établissements avant de faire son choix définitif. Le risque serait de décourager la jeune génération de rejoindre les hôpitaux publics.
À travers ce nouveau bornage réglementaire de l’intérim médical, la Dr Anna Boctor, très remontée, dénonce de son côté « un délire total qui provient d’une panique générale issue de l’instabilité gouvernementale actuelle ». « Si nous étions aussi incompétents, nous serions déjà interdits d’exercice », conclut la jeune médecin.
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