« C’est de la maltraitance » : couacs autour des aides à l’emploi des assistants médicaux, selon les syndicats

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Publié le 03/04/2025
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Des médecins généralistes ont vu leur aide conventionnelle refusée en raison de conditions trop restrictives fixées pour l’embauche d’un assistant médical.

Crédit photo : DR

« La Cnam veut-elle tuer l’assistant médical, alors que c’est une des meilleures mesures qu’elle ait prises ?  », écrit le syndicat des Généralistes-CSMF dans sa lettre hebdomadaire. La branche généraliste de la centrale polycatégorielle entend alerter l’Assurance-maladie sur des difficultés rencontrées localement par des médecins pour remplir les objectifs fixés dans le contrat afin de toucher l’aide conventionnelle à l’embauche d’un assistant médical.

Le montant de cette subvention, revalorisé de 5 % dans la convention 2024, est loin d’être négligeable (38 000 euros la première année pour un seul ETP, 28 000 euros la deuxième année, puis jusqu’à 22 000 la troisième année et les suivantes selon l’atteinte des objectifs). Afin de permettre aux médecins ayant déjà une expérience réussie avec un assistant médical de bénéficier d'un contrat supplémentaire, deux nouvelles options ont été ouvertes sous conditions depuis le 22 juin 2024 pour 1,5 équivalent temps plein et même deux équivalents temps plein (options ouvertes exclusivement à partir de la 3e année du premier contrat d’assistant médical).

Mais le fait de conditionner la dotation à des objectifs chiffrés individualisés d’augmentation (ou de stabilisation dans certains cas) de la patientèle médecin traitant (PMT) ET de la file active (FA, en fonction du niveau de départ) semble avoir créé des difficultés. Cette condition cumulative (patientèle MT et file active) concerne principalement les anciens contrats signés avant la nouvelle convention médicale. « Plusieurs consœurs et confrères, dans différentes régions, nous font remonter des difficultés avec les CPAM pour les contrats signés avant 2023 et qui relèvent de l’avenant 7 », pointe la CSMF.

Selon la Dr Sylvaine Le Liboux, secrétaire générale des Généralistes-CSMF, « la quasi-totalité des médecins qui ont aujourd’hui un assistant médical sont soumis à cette double condition ». « Demander à un médecin généraliste en Zip d’augmenter sa file active de 329 patients pour atteindre 2 662 et de maintenir sa patientèle à 2 673 s’apparente à de la maltraitance ! », juge la généraliste de Valençay. En effet, « son niveau d’activité fait déjà le double de la moyenne nationale », ajoute le Dr Bertrand Legrand, délégué général des Généralistes-CSMF.

Installé à Tourcoing, le généraliste pointe une certaine contradiction de l’Assurance-maladie. « On nous demande d’augmenter la patientèle… tout en nous accusant en commission paritaire locale de faire trop d’actes, où est la logique ? ». « Au-delà d’un certain niveau d’activité, il faut un traitement individualisé et pragmatique par les caisses primaires. L’arrivée d’un assistant médical permet aussi d’améliorer la qualité de vie du médecin, ce n’est pas forcément pour gagner plus de patients », ajoute le syndicaliste.

Aberration

La CSMF demande que, dans tous les cas, l’aide soit versée si seulement un des deux objectifs est atteint (même avec la baisse du deuxième) en tenant compte des particularités territoriales et de patientèle de chaque médecin. Interrogé ce jeudi par Le Quotidien, MG France déplore également cette situation qui risque de décourager l’embauche des assistants médicaux. « Le cumul des deux conditions est une aberration, analyse le Dr Jean-Christophe Nogrette, secrétaire général adjoint du syndicat de généralistes. À partir du moment où on prend en charge une patientèle médecin traitant plus importante, on diminue la file active. Nous n’avons cessé de prévenir Thomas Fatôme [directeur général de la Cnam, NDLR] depuis les négociations conventionnelles. Pour la médecine générale, le seul vrai objectif c’est la patientèle médecin traitant ».

Pour atteindre l’objectif des 10 000 contrats signés, la Cnam, qui revendique déjà d’avoir sensiblement amélioré son dispositif des assistants médicaux, sera-t-elle prête à davantage de souplesse ?


Source : lequotidiendumedecin.fr