Des consultations de médecine générale réalisées au sein même de l’hôpital ! Dans ce territoire de la Vienne, où la démographie médicale est en grande souffrance, l’hôpital local et plusieurs praticiens libéraux se sont retroussé les manches pour travailler ensemble. Le déclic ? Quelque 4 000 patients se sont retrouvés sans médecin traitant en 2024 après le départ à la retraite de plusieurs généralistes dans le bassin de vie de Montmorillon (48 000 habitants). L’hôpital, qui est un site du CHU de Poitiers, a décidé de relever le défi en prêtant main-forte aux confrères libéraux débordés.
Nous ne pouvions pas rester dans notre tour d’ivoire sans nous soucier de ce qu’il se passe sur le territoire
Dr Aldine Thévenot, cheffe de pôle du site de Montmorillon (Vienne)
En concertation avec la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) du pays montmorillonnais, l’hôpital a donc décidé d’ouvrir un centre de consultation de médecine générale dans ses propres locaux, une initiative peu banale. « La médecine générale n’est pas notre métier. Mais nous ne pouvions pas rester dans notre tour d’ivoire sans nous soucier de ce qu’il se passe sur le territoire », raconte la Dr Aldine Thévenot, cheffe du pôle du site de Montmorillon, qui a porté ce projet avec le soutien de la directrice de l’hôpital, Cécile Beneux.
Des horaires de bureau
Effective depuis juin 2024 à raison de quatre jours par semaine (sauf le vendredi) – de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h 30 –, cette offre s’adresse en priorité aux patients du territoire sans médecin traitant ainsi qu’aux personnes orientées par le service d’accès aux soins (SAS) pour lesquelles le généraliste habituel n’est pas disponible. Les consultations sont organisées au rez-de-chaussée de l’hôpital, dans des locaux aménagés, avec le matériel d’une salle de consultation de ville.
Pour assurer les rendez-vous, l’hôpital a déjà recruté cinq médecins aux profils variés : praticien hospitalier en début de carrière, jeunes retraités mais aussi deux libéraux en exercice dont la Dr Christelle Hébras-Lelong, généraliste installée depuis vingt ans dans un cabinet de groupe à Gençay, à une dizaine de km de l’établissement. Après le départ de deux confrères du cabinet, la généraliste, « épuisée », a décidé de mettre la pédale douce sur son activité libérale. « J’ai appris l’existence de ce centre de consultation. C’était l’occasion d’essayer un poste de salarié avec un cadre de travail différent et des horaires de bureau », confie celle qui assure des consultations à l’hôpital deux jours par semaine. Autres avantages qui l’ont séduite : l’allègement de toute la charge administrative et de la comptabilité, ainsi que la présence d’un plateau technique (imagerie, biologie) à proximité. La généraliste ne délaisse pas pour autant ses patients habituels mais se réjouit de ce nouvel équilibre. « Je suis satisfaite de cet exercice mixte, reconnaît-elle. La création de ce centre par l’hôpital aurait pu être conflictuelle avec la ville mais on est là pour s’entraider. »
Le vice-président de la CPTS locale, le Dr Tareck Boiché, salue le travail collaboratif avec l’hôpital. « Ce dispositif nous décharge quand nos plannings sont remplis, témoigne le généraliste installé à La Trimouille, petite commune de 900 habitants. Il répond à la problématique de notre territoire touché par une pénurie médicale et une population vieillissante. » La CPTS n’hésite pas à promouvoir ce centre de consultation auprès des praticiens du territoire et des patients, ce qui permet aussi de désengorger les urgences.
« Un partenariat gagnant-gagnant »
Pour attirer les candidats, l’hôpital leur laisse la liberté de choisir la durée de la vacation et le mode de rémunération. « C’est la force de notre projet, il n’y a aucune contrainte, avance la Dr Thévenot. Les médecins peuvent être là un, deux ou quatre jours, en salariat ou en libéral ! Cette souplesse peut intéresser les jeunes médecins comme les jeunes retraités. » Les échanges favorisés par le travail en équipe sont un autre atout.
Le succès est au rendez-vous. Depuis son ouverture il y a moins d’un an, le centre de médecine générale a effectué plus de 2 300 consultations, à raison de 28 créneaux ouverts par jour. L’hôpital facture les actes aux patients qui sont remboursés par l’Assurance-maladie et rémunère ensuite les médecins en salaire ou en honoraires.
« C’est un partenariat gagnant-gagnant avec les médecins de ville : ce centre est une porte d’entrée complémentaire, qui nécessite tout de même un investissement financier de l’hôpital, précise la directrice Cécile Beneux, affirmant que le dispositif est à l’équilibre. Notre but n’est pas de gagner de l’argent mais il ne faut pas non plus que l’hôpital en perde avec cette activité ». L’hôpital réfléchit, à cet effet, au statut de centre public de santé (CPDS) pour son centre de consultation de médecine générale. Un statut qui valorise justement la réponse coordonnée portée par un hôpital qui s’ouvre au libéral dans des zones dépourvues de médecins traitants et qui permet l’accès à des financements publics (État, ARS) ou des collectivités territoriales.
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