Ce sont trois médecins hospitaliers, aux parcours différents, qui ont découvert à titre personnel la méthode « laïque » de réduction du stress basée sur la pleine conscience (MBSR), inventée et popularisée par l’américain Jon Kabat-Zinn, professeur de médecine à l’université du Massachusetts.
Le Pr Corinne Isnard-Bagnis, néphrologue à La Pitié-Salpêtrière, raconte son expérience avec enthousiasme. « C’est grâce à Google que j’ai découvert la méditation de pleine conscience il y a 10 ans », explique-t-elle. Formée aux États-Unis à cette méthode, très engagée dans l’éducation thérapeutique des patients (ETP), elle a proposé dès 2012 d’introduire cette pratique dans son service. Elle a ensuite mis en place une formation gratuite sur huit semaines pour les patients de son hôpital ainsi qu’un diplôme universitaire (DU) destiné aux soignants « pour qui la méditation en pleine conscience s’avère très utile pour développer la qualité de la relation de soin avec leurs patients ». Écoute plus attentive, réduction de l'anxiété, meilleure appréhension du moment présent : le bénéfice concerne à la fois le praticien et le malade, notamment ceux qui souffrent de maladies chroniques.
Le Dr Grégory Baptista, est gériatre et spécialiste de médecine interne à Montpellier. Étudiant, il éprouvait des difficultés à choisir sa spécialisation « entre le corps et l'esprit », médecine interne et psychiatrie. « Finalement j'ai fait médecine interne mais je voyais que les patients avaient une part de souffrance physique reliée à une souffrance psychique qui se révèle autre chose que ce que nous avons appris à diagnostiquer », raconte-t-il. En découvrant « par hasard » le livre du Pr Kabat-Zinn, le praticien s’est formé à cette pratique de méditation pleine conscience. « Chaque soignant doit être au clair avec sa propre souffrance pour bien soigner », estime celui qui a ouvert un centre de méditation laïque à Montpellier.
Le Pr Pascal Delamillieure est psychiatre et psychothérapeute au CHU de Caen. Formé au départ à l’hypnose, le psychiatre a fait une rencontre déterminante avec le Pr Paul Gilbert qui a développé la thérapie fondée sur la compassion (TFC). Le médecin a multiplié des formations mêlant à la fois Mindfulness et compassion.
Gagnant/gagnant
Pour ces pionniers, la méditation de pleine conscience est une pratique gagnante pour les soignants comme pour les malades. « Les patients gèrent mieux leur stress. Ils sont aussi capables de mieux prendre soin d’eux. J’ai peut-être ouvert un espace d’échange différent car ils me racontent des choses qu’ils ne me disaient pas avant », assure le Pr Isnard-Bagnis.
La démarche ouvre une approche différente de l’exercice médical. « C’est le savoir être et non pas seulement le savoir-faire », résume le Dr Grégory Baptista. « Concrètement, ajoute le Pr Delamillieure, face à un patient, le médecin doit mettre le mental à son service et ne pas être sous sa coupe. Cela suppose un calme intérieur pour pouvoir bien écouter l’autre ». L'accueil de l'instant présent est une des clés. « Si on se laisse envahir par la crainte, par exemple de ne pas avoir de temps car la salle de consultation est pleine, on sera dans le processus de faire. Du coup, on va essayer de réparer quelque chose mais cela ne marchera pas », détaille-t-il.
Freins
Selon ces praticiens déjà convaincus, l’enseignement universitaire ne s’intéresse qu’au savoir faire technique et non pas à l'empathie et à la qualité du colloque singulier. « On veut faire des soignants des sachants et cette posture ne me satisfait pas », pointe le Pr Isnard-Bagnis. La néphrologue insiste sur les freins qui empêchent le développement de la méditation de pleine conscience à l’Université en France. « Il y a encore des réticences par peur, par méconnaissance. Ma demande de DU pour les soignants a d'abord été retoquée à plusieurs reprises. On se demandait si je n’étais pas en burn-out ! Cela a changé le jour où le doyen a découvert l'approche. Cela a pris du temps ».
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur