J'ai exercé plus de 35 ans en chirurgie orthopédique libérale (secteur 2) dans une petite ville de province (bassin de santé = 100 000 habitants pour quatre orthopédistes libéraux et trois en public) pendant les 20 premières années de mon exercice, les « lapins » étaient extrêmement rares et les annulations par téléphone la règle. La CMU n'existait pas mais il y avait l'AMG avec tiers payant, les patients étaient obligés d'aller chercher un « bon de consultation » auprès de leur organisme, ce qui probablement changeait tout.
Ensuite, les choses se sont progressivement dégradées et les lapins se sont multipliés avec une majorité de CMU, mais aussi de premiers rendez-vous, en particulier, pour nous, des rendez-vous pris par les urgentistes de la clinique pour contrôle quelques jours après le passage aux urgences. Après un rendez-vous manqué sans annulation, le secrétariat téléphonait au patient pour en savoir la cause et proposer un autre rendez-vous et en prévenant qu'un autre lapin entraînerait un refus de prise en charge ; mais il ne s'agit que d'une menace, car en dehors de demande réitérée quelques jours après, l'incident est oublié sauf à tenir une « liste noire » ce qui serait probablement critiqué par le COM en cas de plainte…
Nous avons également vu apparaître ces derniers temps des lapins pour des interventions chirurgicales, émanant dans leur très grande majorité de patients bénéficiant de la CMU et qui, lors de l'appel par le secrétariat du bloc (souvent ambulatoire), pouvaient répondre sans vergogne : « je ne me suis pas levé » ou « je n'ai plus envie » ou bien « je préfère venir demain, aujourd'hui j'ai autre chose à faire ! » Dans ces cas, c'est encore plus qu'une consultation qui est perturbée, c'est un établissement entier : service d'hospitalisation, plateau technique, anesthésistes, aides payées, matériel commandé et stérilisé etc.
En cas de refus de reprendre ce patient et de plainte, le CDOM vous mettra en demeure de le faire et vous menacera de sanctions ; c'est arrivé à un copain ophtalmo… Alors que faire ? Les médecins n'ont maintenant que des devoirs et les patients que des droits, et, ni les instances syndicales, ni les sociétés savantes engluées dans leur angélisme bien-pensant ne voudront se battre pour remettre en cause ces dysfonctionnements. Il en va pourtant du respect de notre profession. Je souhaite bien du courage aux jeunes générations et je finis par comprendre que beaucoup souhaitent un salariat…
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