« Ce sera eux ou moi ». La médecin généraliste, qui souhaite rester anonyme, avait pourtant été très claire début mai. Si la mairie de Picauville (Manche) dans le Cotentin donnait le feu vert à l'installation de deux étiopathes dans la maison médicale où elle exerce depuis 2013, elle la quitterait.
L'étiopathie est une médecine non conventionnelle manuelle, proche de l'ostéopathie mais non réglementée. En juin, la généraliste a mis sa menace à exécution. Le conseil municipal a en effet pris définitivement la décision d'accueillir les deux professionnels dans la structure ouverte depuis 2004.
« Il y a trois cabinets dans cette maison médicale dont deux sont occupés par deux médecins généralistes dont le Dr L.. Le troisième cabinet est resté vide depuis son ouverture car nous n'avons pas réussi à trouver un médecin », argumente Marie-Hélène Perrotte, maire adjointe de Picauville.
« Ce serait trompeur pour les patients »
Pour l'élue, cette situation est « regrettable ». Elle ne voit de son côté aucun inconvénient à ce que des non professionnels de santé puissent s'installer dans ce cabinet. « Il s'agit d'offrir des services plus larges à la population », ajoute-elle.
Un argument que le Dr L. balaie. « Je ne souhaite pas cautionner le travail de ces professionnels non reconnus sur le plan médical. Ce serait trompeur pour les patients. Si c'était des paramédicaux, je n'aurais pas réagi comme cela », déclare-t-elle au « Quotidien ». Également interrogé, le deuxième médecin généraliste, le Dr Jacques Turrou, refuse de commenter cette arrivée.
Ouverte en 2004 par la mairie, la maison médicale de Picauville vise à faciliter le regroupement des médecins de cette commune rurale en déficit médical. « Il n'y a pas de projet médical de santé ni de contrat avec l'assurance-maladie », reconnaît le Dr L., qui a transféré son cabinet à Carentan, une commune voisine. Pour l'heure, la mairie repart au front pour chercher un médecin pour la remplacer. C'est loin d'être gagné.
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