Que s'est-il vraiment passé à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière, en marge du défilé parisien du 1er mai ? Alors que les tensions redoublaient à l'extérieur entre manifestants et forces de l'ordre, le cortège a été séparé entre la place d'Italie et le boulevard de l'Hôpital, plongés sous les gaz lacrymogènes. Des dizaines de participants au défilé du 1er mai ont fait brièvement irruption dans l'hôpital parisien et certains ont tenté de pénétrer dans un service de réanimation avant d'être délogés par la police selon la direction de l'établissement.
S'agit-il d'une « attaque » comme l'a évoqué le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner mercredi soir ou d'une tentative d'intrusion des manifestants pour échapper aux gaz lacrymogènes des forces de l'ordre ? Les versions divergent au lendemain de l'incident. Plusieurs témoignages et images diffusés sur les réseaux sociaux montrent des manifestants — femmes, hommes, avec ou sans gilets jaunes — ne montrant pas de signes visibles d'agressivité, stationner dans l'enceinte de la Pitié-Salpêtrière et tout près de l'entrée d'un bâtiment, au numéro 97 du boulevard de l'Hôpital. On y voit également des policiers arriver par cette même entrée 97 et faire ressortir les manifestants vers le boulevard.
Une journaliste de l'AFP a également vu à cet endroit des manifestants se réfugier dans l'enceinte de l'hôpital pour échapper aux gaz lacrymogènes sur le boulevard de l'Hôpital, avant d'être pourchassés par les forces de l'ordre, et certains interpellés.
Pas de violences selon des soignants
Plusieurs soignants présents mercredi ont également témoigné ce matin au micro des journalistes présents sur place. « Cela a été extrêmement court, extrêmement surprenant aussi, a confié l'un d'eux. Ça s’est passé dans le calme, il n'y a pas eu de débordements en tout cas. Ni de matériel dérobé ou d'intrusion. L'équipe n'est pas du tout choquée. »
« Est-ce qu'ils voulaient nous agresser ? Est-ce qu'ils voulaient juste échapper à quelque chose ? On ne savait pas », a quant à lui indiqué un de ses collègues, infirmier. Celui-ci raconte que les personnes criaient « ouvrez la porte » et qu'« aucune » d'entre elles n'avait « le visage masqué, ni cagoulé ».
Des « gilets jaunes » et des personnes au visage dissimulé selon la direction de l'hôpital
La direction de l'hôpital et les membres du gouvernement dénoncent toutefois des actes de violence. « Une fois alertée, je me suis immédiatement rendue sur place, et lorsque je suis arrivée, la grille était forcée, la chaîne avait cédé, et des dizaines de personnes étaient en train d'entrer dans l'enceinte de l'hôpital », a affirmé la directrice de l'hôpital, Marie-Anne Ruder auprès de France Inter. Parmi ces personnes, des « gilets jaunes » et des personnes au visage dissimulé, a-t-elle assuré. La directrice dit avoir appelé les services de police en raison notamment de « gestes violents et menaçants ».
Le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch a précisé que des dizaines de personnes « se sont précipitées en montant un escalier, en passant une passerelle vers le service de réanimation chirurgicale ». « J'ai pu constater que plusieurs personnes ont tenté de forcer la porte du service », a confirmé Marie-Anne Ruder jeudi sur RTL.
« Inqualifiable » pour Buzyn
Édouard Philippe a dénoncé cette intrusion « totalement irresponsable » et s'est interrogé sur la « justification de ces remises en cause » d'un service public. « C'est la première fois qu'il y a une exaction dans un hôpital (...). Je pense que tous les Français, comme moi, sont extrêmement choqués, c'est inqualifiable en fait », a déclaré jeudi Agnès Buzyn sur Europe 1. Pour la ministre de la Santé, cette intrusion est révélatrice d'un « niveau de violences et de comportements indignes ».
Le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon n'a pas tardé à réagir et accuse le gouvernement et en particulier le ministre de l'Intérieur d'avoir « inventé » l'attaque de l'hôpital parisien. « Christophe Castaner s'est précipité hier soir sur les plateaux de télévision pour faire croire à une attaque d'un hôpital. Le mot "attaque", c'est très grave, ça veut dire que des gens délibèrent de prendre d'assaut un hôpital. Naturellement, ce n'est pas vrai », a dit le député de Marseille.
Une enquête ouverte jeudi par le parquet de Paris devra faire la lumière sur cette affaire. Dans le cadre de cette enquête, 32 personnes sont actuellement en garde à vue pour attroupement en vue de commettre des dégradations ou des violences et la Sûreté territoriale a été saisie, a précisé le parquet.
(Avec AFP)
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur