Qu'est ce qui pousse les médecins à s'installer ? Dans un contexte de tensions démographiques, la commission jeunes médecins de l'Ordre, qui réunit les syndicats d'étudiants, internes et jeunes praticiens (Anemf, Isnar-IMG, Isni, SNJMG et ReAGJIR), a posé la question à plus de 15 000 médecins dans le cadre d'une étude sur les déterminants à l'installation. Cette étude* réalisée début 2019 montre qu'en dépit des apparences, la volonté de s'installer demeure forte chez les jeunes médecins. Trois quarts des internes interrogés envisagent en effet une activité libérale ou mixte tandis que 19 % projettent d'avoir une activité entièrement salariée. Plus d'un interne sur deux prévoirait même une installation dans les trois ans. Or, dans les faits, cinq ans après l'internat, 62 % des nouveaux inscrits à l'Ordre choisissent le salariat, 23 % le remplacement et seulement 12 % le libéral. La même tendance est observée chez les remplaçants (65 %).
Comment expliquer ce décalage ? L'étude a identifié les facteurs déterminants sur le choix de s'installer ou non. Parmi eux, la situation familiale apparaît primordiale pour la jeune génération. Près de 9 internes sur dix en couple affirment que le conjoint est un critère influent. La proximité familiale est d'ailleurs évoquée en premier chez les remplaçants (60 %) et les internes (61 %), suivie par l'offre de services publics sur le territoire (respectivement 57 et 62 %). Chez les installés, ce dernier facteur arrive en tête pour plus d'un médecin sur deux et l'équipement culturel et sportif arrive en deuxième position.
Peur de l'isolement
Management, comptabilité, charges du cabinet... La gestion incombant au libéral effraie les futurs médecins. Ainsi, plus d'un interne sur deux (59 %) est freiné par la possibilité d'un risque économique lié à ce type d'exercice. L'isolement, aussi bien au sein du cabinet que sur le territoire, est aussi à l'origine de nombreuses craintes. La présence d'autres autres professionnels et établissements de santé sur le territoire est déterminante pour plus de 8 internes et remplaçants sur 10. C'est plus que leurs aînés puisque les installés sont 59 % à mettre en avant ce critère. Sans surprise, l'exercice isolé n'a plus le vent en poupe. Seuls 3 % des internes envisagent le libéral seul. L'équilibre vie pro/vie perso est également majeur pour la jeune génération. Chez les internes, l'équilibre horaire est prioritaire pour 82 % des interrogés pour seulement 46 % chez les médecins déjà installés.
Aides financières peu influentes
Outre ces facteurs, la commission jeunes médecins de l'Ordre a demandé à ses confrères et consœurs si les aides financières pouvaient influencer leur choix d'installation. D'après l'étude, ces allocations n'ont qu'une faible influence. Un interne sur deux estime que le soutien financier ne va que peu ou partiellement orienter son choix d'installation. 10 % n'y prêtent pas attention du tout. Chez les installés, dont la majorité n'ont pas connu ces dispositifs, les aides individuelles ont été sans influence pour 69 %.
Au vu de ces résultats, l'intersyndicale de jeunes médecins a évoqué des pistes qui pourraient jouer en faveur des statistiques d'installation en libéral ces prochaines années. Ils demandent notamment à être mieux formés « en généralisant les enseignements liés à la gestion du cabinet dès le 2e cycle ». Les représentants de la jeune génération comptent également continuer d'encourager les stages en ville, comme la réforme du 3e cycle le prévoit.
Un accompagnement personnalisé dans la construction du projet d'installation est également prôné par l'intersyndicale. Elle demande une multiplication des démarches d'accompagnement sur les territoires et demande aux collectivités « un soutien logistique (faciliter la recherche d'un cabinet, prendre en charge du personnel...) et administratif (faciliter les démarches administratives, les contacts avec les administrations...) ». Enfin, la protection sociale devra être renforcée pour que les médecins choisissent le libéral. Les syndicats demandent notamment une réduction du délai de carence de 90 à 3 jours pour s'aligner sur les salariés.
*Étude réalisée par la commission jeunes médecins du Cnom en février 2019. 15 319 réponses dont 13 715 médecins (60 % de généralistes, 2 443 internes, 2 079 remplaçants) et 1 604 chirurgiens. Profil des répondants : 60 % de femmes, 50 % de moins de 40 ans.
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