DE NOTRE CORRESPONDANT
LE DR ANTHONY CHAPRON, médecin généraliste près de Dinan et enseignant au département de médecine générale à la faculté de Rennes, et Ange Bidan, vice-président d’honneur de France Acouphènes, ont imaginé deux personnages pour illustrer ce qu’est, au terme de leur coproduction, la relation soignant-patient : Docteur Jekyll et Mister Patient. Deux personnes qui ont une expérience qui leur est propre, une subjectivité, des attentes et des demandes. « Dr Jekyll a l’expérience de son métier, note le Dr Anthony Chapron. Mais celui-ci évolue à toute vitesse. À travers ses connaissances et ses croyances antérieures, il doit intégrer, critiquer, tester la foule d’informations qu’il reçoit. » Un rapport à l’information qui bouscule le patient également : « Le malade est de plus en plus informé par la presse et autres docteurs Internet. (Mais) il mélange des informations : celles de la concierge avec celles plus sérieuses des professionnels », souligne Ange Bidan.
Relationnel et écoute.
Dans cet environnement évolutif, « le médecin est déstabilisé par des diagnostics préconçus », considère le chef de clinique. Avant d’ajouter : « Il manque souvent d’expérience pour être davantage dans le partage. On apprend les sciences dures plus que le relationnel. » Le relationnel et l’écoute, deux mots essentiels, pourtant, selon le responsable de France Acouphènes : « Le patient bricole et se construit tout un imaginaire. Un mot ambigu pour lui, ou qu’il comprend mal, va faire son chemin… Il faudrait donc que le soignant soit plus à l’écoute, y compris pour ce que ne dit pas le patient. Être attentif à la valeur des mots et à leur résonance et essayer de déceler à quel stade de sa prise en charge en ait le patient : déni, frustration, colère… ? La question primordiale, c’est celle de la confiance. Comment le médecin peut-il recouvrer cette confiance ? »
Pour préciser son constat, Ange Bidan prend appui sur les observations qu’il dresse dans le cadre de son activité bénévole. « À l’association, nous entendons beaucoup de désespérance. Les personnes concernées par les acouphènes s’inquiètent, dramatisent, perdent espoir, note-t-il. Alors, quand elles entendent fréquemment l’ORL dire "Il n’y a rien à faire !", ces derniers mesurent-ils l’impact que ces propos peuvent avoir ? D’un point de vue purement médical, c’est tout ce qu’ils peuvent dire quand il n’existe pas de causes objectives. Mais, psychologiquement, c’est très dur à entendre. Peut-être vaudrait-il mieux dire : "C’est ennuyeux en effet, on va vous aider pour passer la période difficile entre l’annonce et l’acceptation"… » Mais, ajoute-t-il, il faut pour cela que le médecin accepte l’idée que d’autres que lui peuvent intervenir dans l’accompagnement du patient. Des associations comme des pratiques alternatives (acupuncture, hypnose, sophrologie…).
Gilles Lucas, président de l’association Diab’Armor, qui regroupe 230 personnes diabétiques à Saint-Brieuc, estime quant à lui que cette réflexion autour de la relation soignant-patient montre que le médecin doit aller au-delà du simple rôle de prescripteur en sachant s’entourer, par un réseau ou de façon informelle en étant en relation avec d’autres professionnels. « Dans le cas des diabétiques, il ne peut pas tout seul remotiver le patient », estime Gilles Lucas.
Interdisciplinarité.
Côté pistes d’amélioration, les idées ne manquent pas. « Il est important de mieux connaître le rôle de chacun : médecin, association, réseau, patient », considère le président de Diab’Armor. « Il faut que le médecin reconsidère le temps d’une consultation, généralement trop bref », propose Ange Bidan. Pour le Dr Chapron, la solution réside dans l’interdisciplinarité. « Nous devons apprendre à travailler ensemble, médecins, kinés, sages-femmes, infirmières, patients également. L’année dernière, nous avons ainsi inauguré une formation dans ce sens, avec huit professions différentes, au cours de trois séminaires de deux jours. Nous confrontons nos connaissances et nos regards respectifs sur la prise en charge. J’ai constaté une large adhésion des internes de 7e et 8e années à cette démarche qui peut nous aider à nous adapter à cette nouvelle donne relationnelle entre patient et soignant. »
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