Fin 2009, 66 % de la population française était familière de la toile, selon l’IPSOS. Rien d’étonnant à ce que les femmes enceintes surfent, comme tout un chacun, sur internet. Mais qui sont-elles et pourquoi ? Comment l’information circule-t-elle au sein du trio moderne patient, médecin et sites plus ou moins sérieux dédiés à la santé ?
Pour connaître ces femmes et surtout pour « aider le professionnel à mieux informer les patientes », le Dr Jacky Nizard, du service homologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) et Anne-Sophie Leune, sage-femme au service de gynécologie obstétrique du centre hospitalier intercommunal de Poissy (Chips) ont réalisé une enquête* auprès des patientes du Chips (de juillet à novembre 2009) et auprès d’internautes (d’octobre 2009 à janvier 2010), qui se sont « autoadministrées » le questionnaire.
Au total, 791 réponses ont été exploitées, 401 issues du Chips, 390 d’internet. Premier constat dressé par les auteurs, 83,3 % de la population hospitalière et 97,9 % de la population internaute consultent internet lors de leur grossesse. Ces 2 groupes sont homogènes : leurs membres ont (à plus de 60 %) entre 26 et 35 ans, ont fait des études supérieures (à 75 %), sont employées (pour 52 % des patientes de l’hôpital, et 46 % des internautes) et comptent presque autant de multipares que de nullipares.
Le médecin détrôné.
En revanche, le profil de la patiente surfeuse qui se dégage est une nullipare de moins de 35 ans, qui travaille après des études supérieures.
Ces femmes enceintes qui titillent la souris recherchent sur la toile des informations sur l’accouchement ou sur le calendrier des examens à effectuer. Dans une moindre mesure, elles se renseignent sur le congé maternité, les complications fœtales ou obstétricales, et les conseils alimentaires ou l’allaitement maternel.
Internet leur paraît facile d’accès (entre 80 et 90 %), contrairement à un médecin peu disponible, et anonyme, une qualité plébiscitée à 80 % chez les internautes. Les femmes victimes de complications obstétricales ou fœtales se tournent davantage vers les forums, qui compensent la faiblesse du tissu associatif en France.
Fait marquant, les parturientes ont confiance dans l’information diffusée sur la toile à 57 % pour les patientes de l’hôpital et 80 % pour les internautes. Un résultat qui interpelle alors que 22 % des femmes des 2 populations invoquent le manque de confiance envers le professionnel de santé qui suit la grossesse pour justifier leur démarche.
Éduquer les patients
Internet semble donc changer la donne de la relation de confiance entre la patiente et son médecin, dont les informations sont concurrencées par celles des sites et forums. Le gynécologue est détrôné : il n’est plus à l’origine du savoir, mais est convoqué par 78 à 85 % des patientes pour confirmer les allégations dénichées sur la toile.
Les auteurs s’interrogent sur la pertinence d’une certification médicale : le HonCode de la fondation suisse Health On the Net recommandé par la HAS (Haute Autorité de santé) n’est cité que par 9 femmes ... sur 791 répondantes. « Faut-il à tout prix chercher à certifier les sites Inernet ? » Il serait plus astucieux, selon eux, d’informer le public du problème que peut poser l’information recueillie sur le net et lui apprendre comment faire une recherche médicale, en gardant leur esprit critique. « L’un des rôles du personnel soignant est d’éduquer les patients dans leurs recherches, de les guider en donnant les outils nécessaires à une bonne utilisation de ce média », concluent-ils.
*Docteur Google : l’utilisation d’Internet au cours de la grossesse en France, en 2009, A-S Leune et J. Nizard.
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