Actualité
C’est dans les périodes de crises que l’Internet médical explose. Le site gouvernemental pandemie-grippale.gouv.fr a connu début septembre des pics de 64 000 connexions par jour (contre 500 en rythme de croisière), soit 200 000 à 300 000 pages vues. Ouvert en 2005, lors de la menace de grippe aviaire, pour offrir sur un même site une arborescence complète des informations provenant des différentes instances (ministère, agences, etc.) sous la responsabilité de la DILGA (délégation interministérielle à la lutte contre la grippe aviaire), il s’est tout naturellement retrouvé en première ligne sur la grippe A (H1N1). « C’est devenu la référence à laquelle on fait confiance, la porte d’entrée vers toutes les informations disponibles. » Mis en ligne début septembre, le « guide pratique de la vie quotidienne en pandémie grippale » est en tête du hit des clics… La crise passée, la DILGA compte faire du site le portail de la grippe. Il sera le plus exhaustif possible. D’une façon générale, la demande d’information sur H1N1 est forte. Le site de l’INVS (Institut national de veille sanitaire) connaît depuis avril une forte hausse de fréquentation. Le premier BEH-Web publication 100 % Web complémentaire du Bulletin épidémiologique hebdomadaire est consacré à la grippe A H1N1.
En avant push
Internet est un média incontournable pour la gestion des crises sanitaires. En conséquence, les instances de santé cherchent à développer un lien direct avec les professionnels de santé. La Direction générale de la santé a lancé DGS-Urgent, une messagerie à laquelle 54 000 PS sont abonnés et dont les alertes de santé publique sont également relayées par le Réseau santé social (60 000 utilisateurs). On est loin de faire le plein des PS mais la DGS souligne que l’important est de toucher les professionnels les plus concernés. L’INVS développe ce contact direct : « Depuis 4-5 ans nous n’émettons plus que très peu de « print » (N.D.L.R. : l’édition papier comme on dit dans les rédactions multimédias), nous avons huit listes de diffusion et notre nouvelle lettre hebdomadaire est conçue pour Internet. Cela permet d’être réactif ; c’est le Ba-ba du web : actualiser au moins une fois par semaine et tous les jours si nécessaire ; les médecins préfèrent le push.» Voire.
Il y a un an, le conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) a réduit la périodicité de son bulletin papier devenu bimestriel et lui a adjoint une lettre électronique mensuelle mais, alors que le bulletin est envoyé à tous les inscrits au tableau de l’Ordre, 1/4 seulement des médecins s’y sont abonnés.
Les syndicats n’ont pas semble-t-il ce souci-là. Leurs militants sont acquis à la cause. Créé en 2005, Espace généraliste (qui vient de fusionner avec la FMF pour donner naissance à Union Généraliste) est décrit par le Dr Claude Bronner comme un syndicat de l’action syndicale en ligne « On a fonctionné comme ça d’emblée avec les mails, le zapping hebdomadaire et le site Internet ; cela a révolutionné l’action syndicale. » Espace Généraliste qui ne compte que 1 000 adhérents et 3 000 sympathisants envoie sa lettre à 22 000 internautes dont 18 000 généralistes. « Tous ceux dont on a l’adresse mail. Il y a très peu de refus et le taux d’ouverture est très bon : entre le tiers et la moitié des envois. » Michel Chassang, le président de la CSMF, explique lui aussi que « ça a tout changé et en même temps rien changé. » La confédération reste attachée à son journal bimensuel « Le médecin de France » mais envoie sa lettre hebdomadaire à un nombre d’abonnés oscillant entre 40 000 et 50 000 (pour 15 000 à 20 000 adhérents). « La lettre nous donne une capacité à informer d’une rapidité exceptionnelle. » Sur le site de la CSMF, il y a trois niveaux : ouvert à tous, réservé aux adhérents (des services spécifiques comme l’aide juridique), un espace pour les cadres du syndicat où se trouvent les documents en cours de rédaction. « Nous n’envoyons plus de bulletin l’inscription en ligne s’est généralisée. »
Formulaires en ligne et réactivité
L’info réservée au médecin a-t-elle fait son temps ? Pour André Deseur, du CNOM, la nouvelle version (la troisième depuis l’ouverture en 2000) du site de l’Ordre s’appuie sur un « affichage transparent » Parce que les médecins étaient invités à s’identifier, le public avait l’impression qu’il y avait des infos cachées. La page d’accueil ne sera plus traitée par rubriques mais par public : grand public, médecins, étudiants, journalistes, tous les accès étant ouverts. Les médecins devront juste s’identifier pour s’abonner à la newsletter.
« Cela a beaucoup simplifié le travail de l’Ordre national et des conseils départementaux en ce qui concerne l’envoi de documents. Tous les contrats types sont en ligne et « pompés » sur de nombreux sites… » souligne le Dr Deseur. La prochaine étape, ce sera le recueil d’informations avec la possibilité de remplir en ligne le questionnaire relatif au signalement pour l’Observatoire de la sécurité.
En ouvrant Ameli.fr, l’Assurance-maladie pensait déjà (comme pour les feuilles de soins électroniques) à économiser du papier et de la saisie. Aujourd’hui, 3,5 millions d’assurés ont ouvert Mon compte Ameli et 220 000 professionnels de santé (dont 70 000 médecins) ont ouvert un compte Ameli Pro depuis décembre 2006. Deux services phares pour le médecin : les informations sur le patient (liste des patients qui l’ont déclaré comme médecin traitant, droits) et la restitution des paiements en tiers payant. Les médecins CAPI ont déjà un onglet réservé où ils iront voir les indicateurs d’activité. Dans l’espace auquel on accède par CPS, les protocoles de soins peuvent être renseignés et envoyés en ligne ; demain ce seront les avis d’arrêt de travail (expérimentation en cours) et les accords préalables. Toutefois les médecins se sont plaint des difficultés ou des lenteurs de connexion. « En 2007, nous avons eu des problèmes de montée en charge, reconnaît-on à la CNAM, en 2008 il y a eu encore quelques incidents mais en 2009, il nous arrive de gérer 3 200 connexions simultanées. » Et 15 000 visiteurs par jour. Une refonte des télé services (dont l’historique des remboursements) est en cours avec un nouveau site, qui s’ouvrira en fonction du moyen d’accès utilisé : la carte Vitale et/ou la CPS. L’audience a été dopée par la mise en ligne de l’annuaire des PS avec les adresses et les tarifs. Prochaine étape, la géolocalisation des cabinets. Un conseiller virtuel guidera bientôt les internautes dans leur recherche sur le site.
Communauté et réseaux sociaux
La société nationale française de gastroentérologie (SNFGE) constitue un bon exemple de mobilisation d’une communauté autour des moyens Internet. Il y a un site bien sûr (qui date de 1997) mais surtout une liste de diffusion, la Gastroliste où sont inscrits 1 300 gastro entérologues soit un tiers des 3 000 gastro français, plus quelques médecins francophones « Quand une question, souvent un cas clinique est postée, elle reçoit une réponse dans la journée, à raison de 5 à 7 messages par jour y compris le dimanche » souligne le Dr Franck Tusseau, webmaster du site. Le forum est aussi accessible sur iPhone. Le site contient aujourd’hui plus de mille conférences Live qui sont des fichiers audio (la voix off de l’expert) commentant les planches PowerPoint (c’est plus léger que les vidéos). Aujourd’hui les gastro savent tous qu’ils peuvent retrouver sur le site les conférences des congrès. Mais cela a pris du temps. « On sous-estime toujours le frein culturel, le temps que ça va prendre pour qu’une technologie soit adoptée, pour changer les habitudes. Il y a toujours un décalage entre le médecin addict et les autres. » Ils n’utilisent pas encore assez le travail collaboratif. pour la production de référentiel qui est un des rôles de la société. Ça ne marche bien que pour le thesaurus de cancérologie.
Combien de temps mettra un réseau social de professionnels de santé à s’implanter ? Docatus, le premier site collaboratif réservé au corps médical, se lance officiellement le 25 septembre « C’est une grosse entreprise qui représente deux ans de travail, explique le Dr Fabien Guez, cardiologue et initiateur de Docatus, nous comptons actuellement 5 500 adhérents, médecins, pharmaciens et chirurgiens dentistes Un partenariat avec l’ANEMF (association nationale des étudiants en médecine de France) a montré l’appétence des étudiants pour un « facebook » médical. À suivre.
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