Qui remplacera le Dr Joël Fleurisson ? Installé depuis près de 40 ans à Lasseube, dans les Pyrénées-Atlantiques, le généraliste partira à la retraite à la fin de l’année prochaine. Un scénario de désertification médicale classique dans une commune rurale de près de 1 700 habitants.
« Il y a deux ans, nous étions trois, puis deux. Après mon départ, mon confrère se retrouvera seul pour un bassin de vie de 3 000 personnes », explique le médecin âgé de 64 ans, et qui se dit en « colère contre les politiques qui n’ont rien fait depuis des années pour valoriser la médecine libérale de proximité ».
Dans une lettre ouverte (ci-dessous), le Dr Fleurisson alerte les élus et détaille avec lucidité ses remèdes pour, selon lui, rendre l’exercice libéral de nouveau attractif. « La médecine de campagne est un artisanat, un lien social et un trésor d’humanisme », plaide avec enthousiasme le généraliste, amoureux de son métier.
Dans ce texte qu'il a fait parvenir au « Quotidien », il préconise six mesures pour inverser la tendance dans les zones sous-médicalisées et « concurrencer l’hôpital qui offre l’avantage du salariat ». Augmentation du numerus clausus, multiplication des stages en libéral, allègement du « fardeau administratif qui écrase les médecins »... Il suggère également de majorer, « par exemple à 40 euros », le tarif des consultations pendant un an après l’installation « pour inciter ceux qui multiplient les remplacements, parfois pendant 5 ou 10 ans, à s’installer ».
Il soumet par ailleurs l’idée d’étendre géographiquement les zones de revitalisation rurale où les médecins bénéficient d’exonération d’impôt sur les revenus pendant plusieurs années.
Une vidéo pour recruter des confrères
Le Dr Fleurisson sait que les incitations financières ne suffisent pas. « Cela fait 20 ans que je reçois des internes en stage et je vois bien quelles sont leurs attentes, confie le futur retraité. Ils rejettent le schéma sacerdotal qui était le nôtre il y a quarante ans et veulent d’autres conditions d’exercice. »
La solution passe selon lui par le développement de l'exercice en groupe ou par celui des maisons de santé pluridisciplinaires. Le médecin est partie prenante du projet de maison de santé initiée dans son village par le pharmacien, les professions paramédicales et la mairie.
Dans une petite vidéo diffusée sur Internet, la population présente le projet et lance un appel aux médecins candidats. Seul hic, le confrère du Dr Fleurisson n’a pas souhaité rejoindre cette initiative.
La commune doit donc convaincre deux généralistes (et non pas un seul) de rejoindre cette future MSP afin de recevoir les aides de l’ARS. « Nous avons eu 4 contacts mais aucun n’a encore abouti, confie le Dr Fleurisson au « Quotidien », lucide sur les difficultés mais résolument optimiste.
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