Les différentes professions entreront dans cette négociation avec des attentes parfois incompatibles.
- Médecins
En première ligne, l’UNPS ambitionne d’intégrer la coordination interpro à la rémunération sur objectif de santé publique (ROSP). Son président, le Dr Jean-François Rey, entend négocier une prime de coordination au montant de départ « au moins équivalent à la ROSP » des généralistes (5 365 euros par an en moyenne). Trois volets sont envisagés : l’organisation du cabinet ; l’identification de protocoles par pathologie chronique ; des critères déclaratifs de chaque membre de l’équipe.
Parmi les principaux syndicats, la CSMF milite pour une « rémunération transversale » et un « forfait de fonctionnement » pour les structures pluriprofessionnelles, sous le contrôle du médecin. Son nouveau patron, le Dr Jean-Paul Ortiz, prendra soin de ne surtout pas oublier les médecins spécialistes.
MG France est partisan d’un « système souple ». Le syndicat de généralistes propose de structurer le travail pluriprofessionnel selon trois schémas de rémunération. Le professionnel isolé obtiendrait un forfait pour son engagement dans un protocole de coopération (soins, dépistage, prévention, éducation thérapeutique). Seraient ensuite prévues des dotations aux équipes formalisées (ASALEE par exemple). La rémunération de l’équipe dépendrait de la patientèle couverte, des services rendus et du mode d’organisation (secrétariat et informatique partagés). Enfin, des professionnels et structures qui travaillent à un projet territorial de santé décrocheraient la dernière enveloppe. MG France veut reconvertir les 180 millions d’euros annuels du fonds d’intervention régional (FIR) à la coopération interpro. «Un investissement aujourd’hui pour des économies demain », juge son président, le Dr Claude Leicher.
- Pharmaciens
Premier syndicat, la FSPF veut peser sur la prise en charge coordonnée des patients à la sortie d’hôpital, pour qui ils sont « le premier contact en ville ». Certaines pathologies chroniques (AVC, diabète, asthme grave) pour lesquelles « la prescription est bonne mais pas l’observance » représentent un enjeu pour la profession, qui convoite une position d’« appui » au médecin.
Pour sa part, l’USPO veut abroger la « sanctuarisation » du couple médecin/infirmier. Côté rémunération, le syndicat est « prêt à évoluer » et cite en exemple le forfait annuel de 40 euros pour le suivi des patients sous AVK. La création de protocoles permettant aux professionnels d’adapter à domicile certaines posologies (dosage de morphine en cas de chimiothérapie) sans que cela nécessite une seconde ordonnance, voire une visite du médecin, est souhaitée.
- Masseurs-kinésithérapeutes
La profession espère une place de choix dans la prise en charge coordonnée des pathologies respiratoires, orthopédiques et neurologiques. Favorable au principe de coordonnateur modulable selon la pathologie, la FFMKR table sur un forfait équivalent à « deux ou trois fois le montant de l’acte moyen » (16,13 euros) pour les professionnels qui pilotent la coopération (le plan personnalisé de santé revenant dans tous les cas au médecin traitant). Objectif Kiné déplore le forfait « insuffisant » du PAERPA (100 euros annuel par patient et par équipe). Le syndicat partage la vision territoriale de MG France mais ne souhaite pas voir les ARS aux manettes. Il suggère d’ouvrir le PRADO aux kinés pour assurer une rééducation abdominale après l’accouchement.
- Infirmiers
Les infirmiers du SNIIL sont « favorables » à la création de deux contrats forfaitaires : l’un à destination des structures (maisons, centres et pôles), l’autre pour les professionnels. Le SNIIL refuse que les médecins se taillent systématiquement la part du lion. Les équipes devront négocier entre elles selon le degré d’implication de chaque professionnel. Une idée que rejette la FNI, qui veut maintenir un cadre national strict « pour éviter aux professionnels de s’étriper localement ». Pas de jaloux : la rémunération doit être la même pour tous. Quant au forfait structure, il est jugé sans intérêt.
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