Dans l'esprit du jeu et en conformité avec la règle, la mêlée « ordonnée » sanctionne l'en-avant et met momentanément les deux « packs » arc-boutés en position de face-à-face (8 contre 8). Les joueurs sont reliés par les bras et prêts à pousser dans le but de conquérir le ballon introduit par le ½ de mêlée (de l'équipe non fautive) dans l'espace qui sépare les deux camps. En fait, la confrontation se déroule de telle façon que, très souvent, cette phase de jeu conduit aujourd'hui à une lutte brouillonne et improductive, au cours de laquelle les 4 piliers et les 2 talonneurs sont exposés à des contorsions douloureuses, voire à des blessures plus ou moins sévères. L'objet de ce texte est de rendre compte de la situation actuelle et d'envisager les moyens de guérir cette « plaie » du rugby moderne.
I. Un constat d'échec.
Dans le rugby de haut niveau – top 14, pro D2 – la mêlée ordonnée n'aboutit que rarement à une sortie du ballon correcte (sans bavures) et dans plus de la moitié des cas, entre 50 et 75 % selon les matches (d'après nos propres observations), la fonction essentielle de conquête n'est pas assurée. La mêlée se transforme en méli-mélo (si l'on peut dire !). Les joueurs de 1re ligne sont pris en sandwich entre les 8 avants du « pack » adverse qui font opposition et les 5 avants de leur camp (ceux de 2e et 3e lignes) qui les propulsent : le conflit des deux forces est si aigu que les joueurs de 1re ligne n'ont pas d'autre solution que d'éclater et de piquer du nez vers le sol sur lequel ils plongent dans une posture d'hyperflexion cervicale C'est le fameux écroulement avec la conséquence inévitable : l'enterrement du ballon. Dès lors, le jeu s'arrête et l'arbitre n'a plus qu'à ordonner de refaire la mêlée ou à sanctionner la faute réelle ou supposée (car il faut un coupable !) de l'un des talonneurs ou de l'un des piliers. Dans les deux éventualités, la mêlée a été détournée de sa fonction.
La seconde faiblesse de cette phase de jeu tient au fait que l'écroulement de la mêlée met à rude épreuve le rachis des joueurs de 1re ligne et finit par entraîner des micro-traumatismes inducteurs de dégénérescences arthrosiques. À un degré de plus, la moelle épinière peut être lésée et, à l'extrême, rompue : on cite souvent en France le cas de ce talonneur qui est devenu tétraplégique à la suite d'un accident de mêlée*. Il s'agit certes d'un événement exceptionnel mais c'est un drame de trop.
II. Comment limiter et si possible éradiquer ces dysfonctionnements ?
À mon avis, l'action préventive devrait emprunter résolument deux voies complémentaires.
1. Faire connaître plus largement et faire appliquer plus strictement le règlement actuel.
• L'entrée en mêlée doit être progressive, contrôlée et, en fait, décomposée en 3 temps (« Flexion ! Liez ! Jeu ! »). C'est la meilleure façon d'éviter les entrées « en bélier » et les positionnements illégaux.
• Il faut veiller au bon placement du dos des piliers et du talonneur : le dos doit rester horizontal, épaules et bassin au même niveau et parallèles au sol, l'accrochage initial des bras étant maintenu jusqu'au terme de la phase.
• Il faut enfin que la poussée soit dirigée dans l'axe longitudinal de la mêlée. Ceci permet d'éviter les tentatives de faire tourner ou d'effondrer le dispositif (ces tentatives sont hélas devenues assez fréquentes).
En cas d'infraction, l'arbitre doit sévir en utilisant toute la gamme des sanctions : avertissement, coup de pied de pénalité, exclusion etc.
2. Perfectionner et intensifier la préparation spécifique des avants.
Tous les joueurs sont au même titre concernés par l'entraînement réservé aux sportifs de haute compétition (perfectionnement technique, amélioration des qualités physiques…) mais les avants doivent par ailleurs s'astreindre à une véritable formation spécifique. Tous les entraîneurs éclairés l'ont déjà bien compris.
• L'effort principal doit porter sur le travail de placement et de poussée avec l'usage régulier de l'opposition raisonnée d'un autre « pack » ou plus simplement d'un joug mécanique. Le souci de la coordination des 8 avants doit rester prioritaire.
• Il faut veiller aussi à la consolidation de la robustesse de chacun en recourant au renforcement musculaire et articulaire global.
Cette politique d'assainissement pourrait permettre non seulement d'éviter les blessures graves mais aussi de redonner à cette phase de jeu l'intérêt qu'elle n'aurait jamais dû perdre. La mêlée peut redevenir un moment d'affrontement sécurisé, utile à la dynamique du jeu et, last but not least, spectaculaire. N'attendons plus pour agir !
* Il s'agit d'un accident récent : 2010. Le joueur « brisé » s'appelle Tony Moggio. Il était membre de l'équipe de Castelginest (Haute-Garonne).
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