Avis de tempête en France. La météo de ces dernières semaines a vu le vent souffler sur nos ministères emportant avec lui plusieurs titulaires de portefeuilles. Le vent, en automne, c’est de saison, certes. Mais il y a des saisons qui semblent revenir plus régulièrement que d’autres. Sans doute que la météo politique du pays, celle du ministère de la Santé encore davantage, semble suivre un calendrier révolutionnaire où n’existeraient que des mois « Ventose ».
Ainsi, un ministre nommé devient un ministre parti, un ministre démissionnaire déclare qu’il souhaite poursuivre sa mission dans le futur gouvernement pour déclarer moins de dix jours plus tard que les conditions ne sont finalement plus réunies pour pouvoir rester… La situation aurait pu être pire, il aurait pu, à l’instar d’un autre, découvrir à la télévision qu’il avait été nommé. À croire que le ministère de la Santé, avec son 10e occupant en huit ans, est devenu un jeu de chaises musicales où les sièges seraient tellement brûlants qu’on ne pourrait s’y installer durablement. Pendant ce temps, la politique de santé publique, elle, reste désespérément stable dans son absence de changement. On ne gouverne plus la santé, on la gère à la petite semaine, en ne pouvant rien prévoir ni anticiper.
À croire que le ministère de la Santé est devenu un jeu de chaises musicales où les sièges seraient tellement brûlants qu’on ne pourrait s’y installer durablement
Un message implicite : la santé coûte trop cher
Et pendant qu’on repeint les bureaux de l’avenue Duquesne pour y accueillir la nouvelle occupante, c’est un autre chantier qui s’ouvre : celui du projet de budget. Et là encore, le décor est tristement connu. Si on met à part l’énergie des extrêmes des deux bords, plus occupés à réclamer une nouvelle dissolution, voire une démission du président de la République qu’à débattre sur le fond, l’ensemble des débats à venir porteront sur les « efforts nécessaires » pour notre budget.
Efforts qui, pour la santé, seront une fois de plus supportés par les mêmes : les patients. Ainsi les franchises médicales, ces petits montants présentés comme anodins, vont être relevées. Une « mesure de responsabilisation », dit-on, pour éviter les abus. Comme si la majorité des patients allait consulter son médecin généraliste par pur loisir, pour le plaisir d’attendre en salle d’attente. Derrière l’argument budgétaire, on devine surtout un message implicite : la santé coûte trop cher, y compris à ceux qui en ont besoin. La maladie devient un luxe, et le soin, une variable d’ajustement comptable. Le but à peine caché étant sans doute une privatisation de la santé bon an, mal an. Car, par exemple, lutter contre la douleur va devenir un luxe. Ou, plus exactement, lutter contre la douleur pourrait bientôt enrichir l’Assurance-maladie. Pourquoi ? Parce qu’une boîte de paracétamol pour adultes coûte 2,18 euros et que les franchises sur les boîtes de médicaments pourraient passer à 2 euros. Ainsi chaque boîte de paracétamol prescrite coûtera finalement 18 centimes à l’Assurance-maladie. Sans doute qu’un jour le montant de la franchise sera supérieur à celui du médicament, la caisse gagnera alors de l’argent grâce aux patients qui se soignent…
Le grand flou de la 4A
Et pendant ce temps, sur le terrain, on nous demande d’installer à marche forcée la désormais fameuse quatrième année du DES de médecine générale. Annoncée depuis des années, promise, discutée, vidée d’une partie, sinon de tout, son sens pédagogique, il faudrait tout de même la mettre en place sine die, car tout doit être prêt pour les premiers échanges en vue de l’attribution d’un stage en novembre 2026, entre futurs docteurs juniors et futurs maîtres de stage, dès le mois de janvier 2026. Cette 4e année devait symboliser la montée en compétences, l’accompagnement des jeunes praticiens dans l’exercice de la médecine générale en ambulatoire, avec également la gestion de l’entreprise libérale et la file active des patients. Bref, une phase de consolidation d’une spécialité à part entière. Mais, à l’heure actuelle, elle est en train de devenir un cas d’école de ce que l’État sait faire de mieux : annoncer sans préparer, décréter sans organiser, publier sans cadrer. Les maîtres de stage attendent toujours des instructions claires, les universités n’ont ni maquettes, ni postes d’enseignants supplémentaires, sans même parler des moyens. Les internes se demandent, depuis trois ans maintenant, où et comment ils vont passer une année supplémentaire censée les former mais risquant surtout de les décourager.
Dans cette belle mécanique d’improvisation permanente, on atteint un sommet : la quatrième année de médecine générale pourrait bientôt exister sans qu’aucune structure ne soit prête à l’accueillir. L’administration s’en remettra, comme toujours, à « l’engagement des acteurs de terrain » — c’est-à-dire à la bonne volonté de ceux qui, déjà épuisés, continueront à boucher les trous. Ceux qui ont cru qu’il s’agissait d’un renforcement pédagogique découvrent qu’il s’agit d’un tour de passe-passe budgétaire, le but étant que cela ne coûte rien à la société, tout en continuant la gabegie de vouloir mettre à disposition un soignant à toute heure du jour et de la nuit quand bien même les motifs seraient non urgents voire futiles.
Alors, pendant que les patients paieront toujours plus de franchises, les jeunes médecins continueront à naviguer dans le flou, et le ministère à préparer la venue de son prochain titulaire.
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