L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) n'en finit plus de communiquer pour répondre aux accusations de « fichage » de Gilets jaunes blessés pris en charge lors de manifestations. Révélés par un médecin sur Twitter puis prolongés par une série d'articles du « Canard enchaîné » (éditions du 17 et du 24 avril), les faits reprochés sont devenus de plus en plus embarrassants pour l'institution francilienne.
Le CHU est accusé d'avoir utilisé le « système d’information pour le suivi des victimes » (SI-VIC) pour ficher des patients hospitalisés en marge des manifestations des Gilets jaunes. Or, ce fichier mis en place après les attentats de 2015 est censé faciliter l'identification et la prise en charge des victimes dans des cas de situation sanitaire exceptionnelle. Selon les dernières révélations du « Canard », on retrouvait dans ce fichier non seulement des informations médicales mais aussi des précisions parfois farfelues comme « chaussettes vertes à petits pois ».
Cicatrices vertes et fausse rousse
La semaine dernière, le plus grand CHU de France a plaidé l'erreur humaine pour justifier la présence « de façon marginale » de données médicales. La case commentaires a ainsi été remplie de manière « inappropriée » pour rajouter des informations que les équipes pensaient utiles sur la nature de la blessure, expliquait l'AP-HP.
Mais aujourd'hui, l'explication donnée à l'inscription dans le fichier SI-VIC d'informations personnelles pourrait prêter à rire s'il ne s'agissait pas d'une question aussi sérieuse. Il s'agirait en fait de quelques identités « fictives », créées par un stagiaire à des fins de formation. Ces avatars ont été sauvegardés par erreur dans la réelle base de données du fichier, indique ce lundi l'AP-HP dans un communiqué commun avec l'agence régionale de santé (ARS) Île-de-France.
« Lors de cet exercice, 10 “patients fictifs” ont été affublés de caractéristiques fantaisistes dans l'idée de simuler l'arrivée de victimes non identifiées du type “chaussettes vertes à petits pois”, “homme black lunettes rouges”, “homme blanc mal rasé cicatrices vertes”, “tatouage tempe gauche” ou encore “fausse rousse ? grande mince adore les ballades” », peut-on lire.
Sur SI-VIC, l’@ARS_IDF et l’AP-HP précisent les informations saisies : plusieurs commentaires correspondaient à des cas fictifs, créés pour un exercice dans un des hôpitaux https://t.co/RCWgUCpu82 pic.twitter.com/NctfjqRapc
— AP-HP (@APHP) April 29, 2019
L'AP-HP reconnaît et dénonce des commentaires « totalement inappropriés, pouvant être considérés comme tendancieux et pour le moins fantaisistes » mais assure qu'ils n'ont jamais été portés sur de réels patients.
Elle relève au passage une autre erreur de saisie, « corrigée dès qu'elle a été détectée » : un patient a été mentionné comme « décédé » alors qu'il était rentré à son domicile.
Enquête de six semaines
« Le dispositif SI-VIC a notamment pour objectif de retrouver des victimes lorsqu'on n'a pas leur identité, rappelle François Crémieux, directeur général adjoint de l'AP-HP, interrogé ce lundi par « le Quotidien ». Mais la manière dont cela a été formulé dans la case commentaires est à la fois fantaisiste et inadaptée. »
La bévue aurait été commise par un « stagiaire en formation complémentaire » appartenant à une des « équipes qualité et gestion des risques » en charge des formations à l'usage du dispositif SI-VIC auprès du personnel des hôpitaux. « Les avatars auraient dû être créés sur une base de données d'exercice comme c'est prévu par le dispositif et non sur la base des événements réellement déclarés », nous détaille François Crémieux. Et d'ajouter : « La deuxième erreur est la sauvegarde des faux patients en question, au nombre de dix, qui sont ceux qu'on retrouve dans l'article du “Canard enchaîné” ».
Il assure que, « à la connaissance de l'AP-HP à ce jour », il s'agit des dix seuls cas existants. Et précise qu'une mission d'enquête a été déclenchée vendredi 26 avril pour « faire toute la transparence sur l'ensemble de l'utilisation du dispositif SI-VIC ». Un retour est prévu « dans les six semaines avec un point d'étape mi-mai », a-t-il ajouté.
L'explication du CHU francilien a notamment fait réagir le Dr Nicole Smolski, présidente d'honneur d'Action praticiens hôpital (APH), qui ironise sur Twitter : « C’est bien d’avoir des stagiaires. On les paie pas et ils peuvent servir de boucs émissaires ou de fusibles. Est-ce qu’il va bénéficier de la protection fonctionnelle, ce stagiaire maintenant qu’il est dénoncé ? Il y a plaintes qd même. »
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