« Nous avons un problème de visibilité sur les causes et les durées des ruptures. Nous ne sommes jamais prévenus par les industriels. Chaque PUI doit les appeler. Et on nous répond "délai indéterminé". » Ce coup de gueule est asséné par la Dr Élise Rémy, membre du conseil d'administration du Synprefh, lors de son audience par la commission sénatoriale du Sénat le 21 mars dernier.
Cette absence d'information a des répercussions évidentes sur la prise en charge du patient et concerne même parfois les produits de rétrocession pour l'administration en ville.
Autre reproche adressé aux laboratoires, leur manque de réactivité quand les stocks ont été reconstitués. « Pourquoi les médicaments n'arrivent pas plus vite dans ce cas ? », interroge la pharmacienne. Par exemple, alors que des réunions sur cette thématique sont organisées avec l'ANSM, les laboratoires affirment que les pénuries en amoxicilline sont terminées alors que les pharmaciens disent le contraire. Ce qui oblige les établissements à prioriser leurs patients souvent « en panique ». Quant au DP-rupture qui semble bien fonctionner en ville, il n'est pas encore complètement opérationnel à l'hôpital.
Curares
Un autre antibiotique, la lévofloxacine, souvent en rupture, ne possède pas de réelle alternative pour les traitements longs de 4 à 6 semaines des infections ostéo-articulaires. Autre précédent dramatique pour les patients, après que l'État avait réquisitionné les stocks de curares, ces derniers ont été recomposés, mais n'ont pas été retournés tout de suite aux pharmacies hospitalières. Résultat, « nous nous sommes retrouvés à un moment vraiment critique où l'on ne disposait plus du tout de curare. Et une fois que la période forte autour de la Covid a été terminée, les stocks qu'on nous a renvoyés étaient périmés. » Aberration encore plus forte, les dosettes de chlorure de sodium peuvent manquer alors que le laboratoire qui les fabrique se situe en France.
Liste de médicaments d'intérêt thérapeutique majeur
Quelles préconisations pour atténuer le choc ? La thématique centrale pendant l'audition porte sur la liste des 100 ou 200 molécules indispensables. Philippe Meunier, pharmacien au CHRU de Tours et président du SNPHPU s'interroge sur la mise en place du dispositif. « L'obligation d'une durée de deux mois de stock pour les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur existe-t-elle réellement ? Pourquoi cette liste de produits n'est-elle pas rédigée en concertation avec les sociétés savantes, et pas seulement avec l'ANSM, comme cela a été fait avec la Sfar au moment de la pandémie ? » Pourquoi les antidotes ne figurent-ils pas dans cette liste ? Y a-t-il un contrôle assorti de véritables sanctions infligées aux industriels qui ne respectent pas cette règle ? Faut-il sortir ces produits de la clause de sauvegarde* ?
Massification des achats
Un autre phénomène vient aggraver la problématique, à savoir la massification à outrance des achats. « Nous atteignons des limites qui sont encore pires pour les dispositifs médicaux, notamment pour la réanimation et l'anesthésie », souligne Philippe Meunier. Il recommande de changer d'échelle vers le niveau régional, voire national, afin de diversifier le nombre de laboratoires pharmaceutiques. Car, comme l'explique Alain Bonnemain (président de l'Académie nationale de pharmacie), les méga-appels d'offre créent des monopoles de fait et réduisent l'offre de produits. Et d'appeler également à l'instauration de circuits courts, un critère d'ailleurs inexistant dans les contrats.
Enfin, une révision de la gouvernance serait nécessaire, selon Alain Bonnemain. Au lieu d'avoir deux instances qui s'occupent des matières premières (DGE) et des produits finis (DGS), il faudrait une coordination interministérielle aussi bien au niveau du Premier ministre que de l'Europe.
Pour boucler la boucle, Philippe Meunier regrette les injonctions contradictoires : il faudrait arrêter de faire peser chaque année le fardeau des économies sur l'industrie pharma qui vient grever l'innovation thérapeutique, et plutôt prendre en compte les besoins croissants en santé publique de la population. Une autre mesure plus pertinente serait d'opérer des baisses de prix par classe thérapeutique. La liste des pistes pour réformer le dispositif n'en finit pas de s'allonger. Pour le meilleur ?
* La clause de sauvegarde consiste en un versement d'une contribution par les laboratoires à l'assurance maladie quand pour un médicament leur chiffre d'affaires hors taxe réalisé en France croît trop rapidement.
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