Santé sexuelle : la feuille de route 2026-2030 veut rendre plus lisible les parcours

Par
Publié le 08/09/2026

De l'avortement à la lutte contre le sida en passant par le chemsex, le ministère de la Santé a dévoilé ce 8 septembre sa troisième feuille de route pour la stratégie nationale de santé sexuelle d'ici 2030, attendue de longue date par les acteurs du secteur, qui craignent néanmoins une absence de moyens. 

consultation

Crédit photo : Sébastien Toubon

Prévenir plus tôt et mieux, favoriser un accès aux soins plus simple, plus lisible et plus équitable, accélérer la lutte contre le VIH, les IST et les hépatites virales, garantir l'accès à la contraception et à l'IVG, lutter contre les inégalités : telles sont les cinq priorités que fixe la Direction générale de la santé à la feuille de route santé sexuelle, 2026-2030. 

Depuis 2017, il y a eu plusieurs avancées, souligne le ministère: premier programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), inscription dans la Constitution de la liberté de recourir à l'IVG, accès au dépistage du VIH et des IST sans ordonnance et pris en charge intégralement pour les moins de 26 ans...

« Des défis persistent toutefois », reconnaît-il, évoquant « des inégalités sociales et territoriales, les évolutions des pratiques, les transformations liées au numérique et l’émergence de nouveaux phénomènes, parmi lesquels le chemsex».

Attendue depuis plus de six mois, la feuille de route pour la santé sexuelle fait des jeunes l'une des cibles prioritaires, avec notamment la poursuite du déploiement du programme Evars et une accentuation de la lutte contre la désinformation. Parmi les nouveautés, la feuille de route, qui prévoit 22 actions, intègre un volet sur le chemsex - consommation de produits psychoactifs en contexte sexuel -, à l’interface de la santé sexuelle, de l’addictologie et de la santé mentale.

« Cela va dans le bon sens », considère le psychiatre Jean-Victor Blanc, addictologue à l'hôpital parisien Saint-Antoine (AP-HP) qui a créé une consultation spécialisée sur le chemsex. Mais il faudra être « très vigilant sur l'application des propositions », tempère-t-il auprès de l'AFP. Soulignant l'urgence sanitaire que représente la fréquence des situations graves, voire de décès,  « La prise en charge du chemsex doit apporter à bref délai une réponse permettant de garantir aux personnes de pouvoir faire appel aux services de secours d’urgence sans crainte de poursuites en cas d’usage de produits illicites », commente de son côté le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS). 

Elle insiste aussi sur la lisibilité des parcours : « la lisibilité de l’offre en santé sexuelle constitue un levier central de cette feuille de route : elle conditionne l’accès effectif aux droits, à la prévention et aux soins pour l’ensemble de la population ».

Vers une remise en cause de la clause spécifique à l'IVG ? 

Côté contraception et IVG, l'objectif est de rendre les parcours plus lisibles et fluides, notamment « face à des difficultés persistantes et des inégalités territoriales insuffisamment documentées mais régulièrement signalées» d'accès à l'avortement.

La feuille de route prévoit, entre autres, d'élargir l'accès à la contraception d'urgence, de développer l'offre d'IVG instrumentale (il sera proposé au législateur de les introduire aux centre de santé sexuelle et maisons de santé pluridisciplinaires sur le modèle de ce qui existe sur les centres de santé), ou encore de saisir le Comité consultatif national d'éthique en 2027-2028 pour « réinterroger les délais légaux de recours à l'IVG et la clause de conscience spécifique » octroyée aux médecins et sages-femmes après la constitutionnalisation de la liberté de recours à l’IVG.

La France maintient par ailleurs l'objectif d'éliminer la transmission du VIH à l'horizon 2030, en combinant le dépistage, la prévention, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) - la possibilité d'ouvrir sa prescription aux sage-femmes sera étudiée -, et en élargissant la palette de professionnels pouvant prescrire un traitement post-exposition (TPE). Aides reste néanmoins critique : « les éléments pratiques de la mise en œuvre de ces ambitions sont, à de rares exceptions, inexistantes. La feuille de route fait l’impasse sur un déterminant pourtant essentiel de la santé : l’accès aux soins et aux droits sociaux. L’accès des étrangers à la santé et aux droits est absent, comme les moyens pratiques pour surmonter les déterminants sociaux de la santé » a réagi l'association de lutte contre le VIH/sida et les hépatites.

Le ministère promet enfin une attention renforcée aux publics les plus exposés, avec des stratégies d'aller vers : jeunes, personnes en situation de précarité, de handicap, LGBT+, migrantes, prostituées. La feuille de route prévoit le développement de centres de santé et de médiation en santé sexuelle, destinés notamment aux populations particulièrement exposées au VIH ou éloignées du système de soins, avec un objectif de neuf centres communautaires d’ici à 2030. S'il salue les objectifs de la feuille de route, le CNS prévient : « la prise en compte des violences sexistes et sexuelles (VSS), enjeu transversal en santé sexuelle, ne saurait se limiter à la mention d’une articulation avec les autres programmes existants.»

Avec AFP

Source : lequotidiendumedecin.fr