Survie améliorée dans les cancers de la tête et du cou

Bénéfice à cinq ans pour la triple chimiothérapie d’induction

Publié le 13/01/2011
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Crédit photo : BSIP

LE CARCINOME à cellules squameuses de la tête et du cou représente 8 % des cancers détectés chaque année dans le monde (aux États-Unis, 40 000 nouveaux cas par an). La plupart des patients sont vus avec une maladie localement avancée, potentiellement curable. En fait, seulement 50 % de ces patients vivent trois ans après traitement standard et de 40 à 60 % développent des récurrences loco-régionales, des métastases à distance ou une deuxième tumeur primaire.

De nombreuses stratégies associant la chimiothérapie à la chirurgie et la radiothérapie ont été explorées pour améliorer le pronostic. La radiochimiothérapie avec chimiothérapie d’induction concomitante ou des traitements séquentiels sont actuellement les traitements standards pour les patients qui ont un cancer de la tête et du cou localement avancé.

De nombreux essais randomisés en cours ont pour objectif de comparer la radiochimiothérapie et la chimiothérapie d’induction ; ce qui pourrait aider à définir le rôle de la chimiothérapie d’induction.

La chimiothérapie d’induction avec cisplatine et fluorouracil (dite PF) s’est montrée bénéfique dans les cancers localement avancés de la tête et du cou en réduisant la taille de la tumeur et les micrométastases avant la radiothérapie. Une métaanalyse a montré que la chimiothérapie d’induction avec PF améliore de façon significative la survie à cinq ans par rapport à la radiothérapie standard plus la chirurgie chez les patients présentant un cancer localement avancé.

Les résultats initiaux de ces essais randomisés montrent que l’ajout de docétaxel à la chimiothérapie d’induction par PF améliore la survie. L’essai TAX 323 dans les cancers non résécables, l’essai 324 dans les cancers résécables ou non résécables et l’essai GORTEC 2000-01 dans le cancer laryngé et hypopharyngé ont tous montré que la chimiothérapie d’induction par docétaxel plus cisplatine plus fluorouracil (TPF) améliore la survie ou la survie sans laryngectomie par rapport au traitement avec PF seule. L’essai TAX 324, qui a comparé une chimiothérapie d’induction avec ou sans docétaxel (TPF ou PF seule) suivie de radiochimiothérapie sur une durée moyenne de 42 mois (minimum de deux ans), a montré une amélioration significative de la survie chez les patients atteints d’une forme résécable ou non résécable et ayant reçu une chimiothérapie d’induction par TPF. Il était important de savoir si ce bénéfice se maintient à plus long terme. Raison pour laquelle les patients de TAX 324 ont été évalués après un suivi minimum de cinq ans.

Rappelons que ces patients, atteints d’un carcinome à cellules squameuses de la tête et du cou de stade III ou IV, ont été inclus dans l’essai de phase III TAX 324 (en ouvert, randomisation 1:1) entre le 21 mai 1999 et le 3 décembre 2003 dans 55 centres d’Amérique du Nord (États-Unis, Canada), d’Argentine et d’Europe. À l’entrée, les patients étaient stratifiés en fonction du site de la tumeur, de l’atteinte ganglionnaire (N0 ou N1 versus N2 ou N3).

Suivi médian de 72 mois.

Au cours d’un suivi médian de 72,2 mois, la survie globale est apparue significativement meilleure après traitement TPF qu’après traitement PF (hazard ratio de 0,74), avec une survie à cinq ans estimée de 52 % chez les patients du groupe TPF et de 42 % chez ceux du groupe PF. La médiane de survie a été de 70,6 mois dans le groupe TPF et de 34,8 mois dans le groupe PF (p = 0,014). La survie sans progression de la maladie a été également significativement meilleure dans le groupe TPF (médiane de 38,1 mois versus 13,2 mois).

Il n’a pas été détecté de différence significative en ce qui concerne la dépendance d’une alimentation entérale ou de trachéotomie entre les groupes.

« La chimiothérapie d’induction avec TPF induit un bénéfice à long terme en ce qui concerne la survie comparativement à PF dans le cancer localement avancé de la tête et du cou. Les patients candidats à une chimiothérapie d’induction devraient être traités par TPF », concluent les auteurs.

Jochen Lorch et coll. The Lancet Oncology, 12 janvier 2011.

Dr EMMANUEL DE VIEL

Source : Le Quotidien du Médecin: 8884