Cancer du testicule : un bon pronostic sur le papier, et pourtant des pertes de chance

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Publié le 02/04/2025
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Pathologie relativement peu fréquente, le cancer du testicule est insuffisamment dépisté. Et les patients ne bénéficient pas toujours des meilleures pratiques. Pour les experts, la médecine de premier recours a un rôle à jouer dans la sensibilisation des hommes jeunes, qui forment l’écrasante majorité des patients, et l’orientation vers la bonne filière.

Crédit photo : PHANIE

Même métastatique, le cancer du testicule est une maladie qui se traite facilement, avec un taux de survie à 5 ans de 97 %. Mais trop souvent, il est diagnostiqué tardivement et les patients ne sont pas envoyés dans les centres expérimentés. Un constat qui agace la Dr Natacha Naoun, oncologue médicale de l’équipe Adolescents et Jeunes Adultes (AJA) à l’institut Gustave Roussy : « Il est fréquent que les patients soient limités dans leur prise an charge », résume-t-elle.

Chaque année, quelque 2 300 hommes sont diagnostiqués d'un cancer du testicule selon les chiffres de l’Institut national du cancer (Inca). Dans 85 % des cas, ces patients ont entre 15 et 35 ans, « même si on observe un recul de l’âge des patients que l’on n’explique pas vraiment », nuance la Dr Naoun. Les données du Global Cancer Observatory, rattaché à l’OMS, font quant à eux état d’une augmentation de la prévalence mondiale, principalement liées aux facteurs environnementaux, avec un fort gradient nord-sud. Les pays occidentaux sont les plus touchés.

« Cela reste une maladie rare, commente la Dr Naoun. Aussi a-t-on des problèmes en ville comme à l’hôpital, dès le diagnostic. La génération concernée par le cancer du testicule consulte peu et est difficile à toucher par les campagnes de communication classiques. » La Dr Naoun préconise de sensibiliser l’ensemble des jeunes hommes de 15 à 35 ans et de leur proposer une palpation testiculaire au moins une fois dans leur vie. « Il faut cibler en particulier les consommateurs de cannabis, les patients avec des antécédents familiaux, et ceux ayant eu une cryptorchidie, explique-t-elle. Il y a aussi un rôle de l’exposition des mères aux perturbateurs endocriniens ou aux pesticides. »

La maladie est statistiquement plus fréquente chez les patients atteints de retard mental ou d’autisme, soit « des populations encore plus dures à repérer et à prendre en charge », reconnaît la Dr Naoun. Les méthodes diagnostiques sont faciles à mettre en place en médecine de ville : échographie testiculaire et mesure du taux d’hCG plasmatiques.

Des recommandations mal appliquées

La Dr Naoun est régulièrement témoin de la méconnaissance des recommandations, et/ou de leur application approximative, faute d’oncologues aguerris. « L’expérience fait vraiment la différence, explique-t-elle. Les données montrent qu’il y a une perte de chance à être pris en charge dans un centre qui traite moins de cinq cas par an. »

L’oncologue pointe du doigt le fait que le cancer du testicule n’est pas considéré comme un cancer rare. « Il y a un réseau qui n’est pas très bien identifié, comme ce serait le cas pour une pathologie rare, poursuit-elle. Au Royaume-Uni, depuis la centralisation de la prise en charge, deux ou trois centres très expérimentés seulement sont autorisés à traiter la maladie. »

Une prise en charge peu complexe

Dans 60 % des cas, la maladie est limitée au testicule, donc traitable par orchidectomie. « Il est possible d’explorer les ganglions péritonéaux qui peuvent être rapidement atteints », complète la Dr Naoun. Même en cas de maladie métastatique, le pronostic est en général assez bon.

La pathologie est très monoclonale et chimiosensible, avec moins de 5 % de patients réfractaires au cisplatine. « Le gold standard, c’est deux mois et demi de traitement, les résistances n’ont pas le temps de se mettre en place et les quelques cas observés ne sont pas des résistances acquises », poursuit la Dr Naoun.

Deux molécules sont en cours de développement pour les tumeurs résistantes au cisplatine : une CAR-T cell mise au point par BioNTech, avec les résultats d’une première étude de phase 1 publiés en septembre 2024 (1), et l’anticorps conjugué DS-9606a qui a, lui aussi, fait l’objet d’une phase 1 publiée en septembre 2024 (2). Dans les deux cas, la cible est la Claudine 6, ou CLDN6, un marqueur tumoral spécifique du cancer du testicule.

(1) J.B.A.G Haanen et al, Annals of Oncology, 2024, vol. 35, supp ; 2 p 489-490
(2) M.R Patel et al, Annals of Oncology, 2024, vol. 35, supp. 2 p 488-489


Source : lequotidiendumedecin.fr