De notre correspondante
DANS le cancer du sein, l’analyse des ganglions réalisée en pratique courante est insuffisante pour détecter toutes les métastases présentes. Cette possibilité de métastases occultes (non détectées initialement, mais après évaluation approfondie) n’a pas pour autant entraîné l’adoption d’analyses pathologiques supplémentaires. Des études rétrospectives et observationnelles ont suggéré que ces métastases occultes constituent un facteur pronostique important de récidive ou de survie dans le cancer du sein, mais il y a peu de données prospectives.
Un cancer du sein invasif.
Pour examiner cette question, Donald Weaver (Université Médicale du Vermont) et coll. ont conduit une analyse de cohorte au sein d’une étude prospective randomisée (étude NSABP B-32). Elle avait initialement pour but de comparer la biopsie du ganglion sentinelle au curage ganglionnaire ; 5 611 femmes ayant un cancer du sein invasif sans ganglion palpable avaient été randomisées pour subir soit une biopsie du ganglion sentinelle avec curage axillaire soit seulement une biopsie du ganglion sentinelle. Les résultats montraient que les ganglions sentinelles, comparés aux ganglions non-sentinelles, avaient quatre fois plus de risques de contenir des métastases manifestes et douze fois plus de risques d’héberger des métastases occultes.
Dans l’étude, 3 887 femmes trouvées sans macrométastases supérieures à 2 mm (1 927 après biopsie ganglionnaire et curage axillaire, 1 960 après biopsie seule) forment la cohorte étudiée. Les chercheurs ont tranché les ganglions sentinelles tous les 2 mm. Ils les ont examinés par coloration de routine (hématoxyline et éosine) et coloration immunohistochimique, à la recherche de métastases occultes.
Cette analyse en aveugle a permis de détecter des métastases occultes chez 15,9 % des 3 887 patientes. Des cellules tumorales isolées (moins de 0,2 mm) représentaient la majorité des métastases (11,1 %), suivi par les micrométastases (de 0,2 à moins de 2 mm, 4,4 %), et les macrométastases (plus de 2 mm, 0,4 %).
Taux de survie globale à 5 ans.
Au terme d’un suivi moyen de 8 ans, les métastases occultes étaient liées à des hausses de 40 % du risque de décès et de 30 % du risque de métastase à distance. Le risque associé aux cellules tumorales isolées (décès majorés de 29 %) était plus faible que le risque associé aux micro- et macrométastases (décès majorés de 60 %). Toutefois, le taux de survie globale à 5 ans diffère peu en fonction de la présence ou non de métastases occultes avec 94,6 % et 95,8 %, respectivement.
Par ailleurs, une analyse multivariée suggère que les métastases occultes sont plus fréquentes chez les patientes plus jeunes, et en cas de tumeur plus grande. Leur effet délétère semble être atténué par la radiothérapie locale et l’hormonothérapie.
« Les métastases occultes représentaient une variable pronostique indépendante chez les patientes dont les ganglions sentinelles étaient négatifs à l’examen initial, cependant, la différence de survie à 5 ans était faible avec 1,2 % », concluent les chercheurs, qui proposent une analyse à plus long terme. Pour eux, ces résultats ne justifient pas une analyse systématique plus approfondie des ganglions sentinelles chez les patientes atteintes de cancer du sein dont les ganglions sentinelles sont initialement négatifs.
New England Journal of Medicine, 3 février 2011, Weaver et coll., p. 412.
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