Lymphoedème après cancer du sein

Pas de gros bras avec le port de charge

Publié le 13/12/2010
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QUELS CONSEILS pour le sport donner aux femmes après curage ganglionnaire ? Selon une étude américaine randomisée et contrôlée, il n’y aurait aucune raison médicale valable pour que les femmes opérées s’empêchent de faire du sport. Bien au contraire. Sous réserve que l’activité physique soit modérée et graduelle, une musculation progressive des membres supérieurs n’augmenterait pas le risque de lymphœdème.

Pourtant les choses n’ont pas toujours été si simples et les chirurgiens gynécologues avaient de quoi être partagés sur le sujet. Si d’un côté, il était consensuel de conseiller de ménager le bras atteint et d’éviter de porter des charges lourdes (enfants, sacs), de l’autre, les bienfaits de l’activité physique sur la survie et la réduction du risque de récidive ne sont plus à démontrer.

Pour tirer la question au clair, avant de prouver la supériorité, le Pr Kathryn Schmitz et son équipe de l’université de Pennsylvanie se sont d’abord assuré que le sport n’était pas nocif dans cette étude d’équivalence. L’étude a comparé l’incidence de lymphœdèmes chez 154 femmes à risque de la banlieue de Philadelphie, selon qu’elles étaient randomisées dans le groupe sportif ou non. Toutes étaient en rémission d’un cancer du sein survenu de 1 à 5 ans auparavant et ayant nécessité l’exérèse d’au moins 2 ganglions lymphatiques. La répartition était ajustée sur des facteurs confondants tels que l’âge (< ou ≥54 ans), le nombre de ganglions enlevés (< ou ≥6), l’obésité (indice de masse corporelle ≥30) et un antécédent de radiothérapie.

Un programme par paliers

Les chercheurs ont testé les effets d’un programme de musculation très progressif, à raison de 2 fois par semaine pendant 1 an, par petits groupes de 2 à 6. Chaque participante était inscrite à un centre sportif près de chez elle, en général appartenant au système associatif américain chrétien protestant des YMCA (Young Men’s Christian Association). Chaque séance d’une durée de 90 minutes était animée par des professionnels formés au protocole élaboré pour l’essai. À eux aussi leur revenait la charge de surveiller chaque semaine la stabilité de circonférence du bras. Certains exercices de musculation étaient réalisés à l’aide d’appareils contre résistance. Différents groupes musculaires étaient sollicités au cours des séances.

Sur les 134 femmes ayant suivi le programme d’un an, la survenue d’un lymphœdème était constatée chez 11 % du groupe musculation (8/72) et chez 17 % du groupe témoin (13/75). Parmi les patientes les plus exposées, c’est-à-dire ayant subi l’exérèse d’au moins 5 ganglions lymphatiques, 7 % (3/45) du groupe sportif ont eu un lymphœdème, par rapport à 22 % (11/49) du groupe témoin. Ces résultats ont le mérite de clarifier les conseils de prévention du lymphœdème après curage ganglionnaire. Les auteurs soulignent néanmoins sur le caractère doux et lentement progressif du niveau d’exercice physique. Via une adaptation graduelle, le sport permettrait de renforcer les défenses de l’organisme contre l’infection, l’inflammation et les agressions physiques. Malgré la technique du ganglion sentinelle, près d’un tiers des patientes nécessitent un curage axillaire, se soldant par un lymphœdème dans 13 à 47 % des cas.

JAMA, publié en ligne le 8 décembre 2010. doi:10.1001/jama.2010.1837

 Dr IRÈNE DROGOU

Source : Le Quotidien du Médecin: 8875