L’exemple du carcinome basocellulaire

Un chaînon potentiel entre cicatrisation et transformation maligne

Publié le 15/02/2011
Article réservé aux abonnés
1297736011227064_IMG_54087_HR.jpg

1297736011227064_IMG_54087_HR.jpg
Crédit photo : BSIP

LA CICATRISATION est un processus complexe où interviennent l’inflammation, des migrations cellulaires et un remodelage tissulaire. Son déroulement anormal peut favoriser une prolifération maligne, et l’on a retrouvé une association entre des aberrations de la cicatrisation et divers cancers (peau, mais aussi poumon, foie, os, pancréas). Lors d’une lésion cutanée, les cellules souches situées au niveau du bourgeon folliculaire et du germe pileux secondaire, et qui assurent l’entretien du follicule pileux, migrent vers l’épiderme où elles adoptent un phénotype de type épidermique.

On a émis l’hypothèse que le carcinome baso-cellulaire (BCC), chez l’homme, pourrait prendre son origine au niveau du follicule pileux car il existe certaines analogies entre les cellules de ce cancer et les cellules souches folliculaires, mais d’autres auteurs estiment que la tumeur prend naissance au niveau de l’épiderme interfolliculaire (IFE) et de l’infundibulum folliculaire. C’est dans le contexte de cette controverse que se situent les travaux de Sunny Wong et Jeremy Reiter.

Ceux-ci ont élaboré un modèle murin (K15:SmoM2) exprimant l’allèle oncogénique muté (SmoM2) de la protéine Smothered (Smo), qui est un médiateur central de la voie de signalisation Hedgehog (Hh). Cet allèle a été isolé à partir de BCC humains. L’expression de l’allèle SmoM2 a été induite chez les souris au niveau de la peau au stade télogène, soit à l’âge de 7,5 semaines. En l’absence de lésion cutanée, les cellules souches folliculaires protègent l’animal contre le développement tumoral. Par contre, la création d’une lésion cutanée de 0,25 cm2 chez les souris exprimant la mutation SmoM2 induit la formation d’îlots tumoraux de type BCC 11 semaines après la lésion. Les auteurs découvrent, par ailleurs, que la transformation maligne (dans ce contexte d’une peau lésée) n’est pas en relation avec les cellules IFE exprimant SmoM2, mais qu’elle résulte de la migration, jusqu’au site de la lésion, des cellules souches folliculaires exprimant la mutation oncogène. Il semble donc que, lors d’une lésion cutanée, ces cellules, jusqu’ici « dormantes », expriment seulement alors leur phénotype oncogène.

Cellules souches folliculaires.

Les Américains pensent que l’épithélialisation des cellules souches folliculaires, secondaire à leur migration vers la lésion, pourrait contribuer à révéler leur pouvoir oncogénique. En effet, les tumeurs formées à partir des cellules du germe pileux secondaire ou du bourgeon présentent des caractères morphologiques et des marqueurs comparables à celles constituées à partir des cellules IFE.

En l’absence de lésion, l’expression de la mutation oncogène SmoM2 par les cellules de l’épiderme interfolliculaire est suffisante pour déclencher un cancer, comme l’ont récemment montré Youssef et coll. (2010). La constitution d’une lésion, en revanche, crée les conditions de la migration des cellules souches du bulbe pileux et de la dérégulation de la voie de signalisation Hedgehog, prélude à la transformation maligne. La découverte des Californiens suggère que les cellules souches folliculaires peuvent avoir un rôle dans la cancérisation, ce qui expliquerait la relation entre le processus de cicatrisation et la transformation maligne.

SY Wong et JF Reiter. Wounding mobilizes hair follicle stem cells to form tumors. Proc Natl Acad Sci USA (2010) Publié en ligne.

 Dr BERNARD GOLFIER

Source : Le Quotidien du Médecin: 8907