LES CONCERTATIONS pluridisciplinaires en cancérologie, qui paraissaient impossibles il y a quelques années, existent désormais. L’INCa en a recensé 600 000 l’an dernier, attestant du décloisonnement qui s’opère au sein même des établissements hospitaliers. Une étape vivement attendue par Dominique Maraninchi, qui n’hésite pas à rêver de la suite. Cette même ouverture n’a pas encore eu lieu entre la ville et l’hôpital, et c’est devenu l’un des grands enjeux du 3e plan Cancer. « La médecine générale, libérale de proximité est encore trop éloignée de la prise en charge hospitalière », regrette le président de l’INCa. Un rapprochement devenu essentiel, selon lui, puisque les malades meurent moins et restent de moins en moins longtemps à l’hôpital. En chirurgie, les délais d’hospitalisation sont de plus en plus courts et du côté des traitements, la chimiothérapie est désormais principalement ambulatoire, tout comme la radiothérapie. Dans ces conditions, le lien avec le médecin libéral de proximité est fondamental et « doit se nouer le plus tôt possible ,» affirme Dominique Maraninchi, pour qui « ce rapprochement est la mesure la plus concrète du plan. »
Invitant les équipes à se lancer dans des programmes personnalisés de soins, le président de l’INCa déplore qu’ils ne soient conçus ou réalisés que dans 30 à 60 % des cas. Ces programmes précisément destinés à partager l’information avec le médecin traitant deviennent un travail essentiel à démarrer au début de la prise en charge. Le médecin traitant oriente son diagnostic, souvent annonce le cancer et surtout le parcours de soins, réalisant aussi la déclaration d’affection de longue durée. « C’est précisément ce que chacune des 350 000 personnes ayant aujourd’hui un cancer a vécu au sein d’un cabinet avec son médecin habituel », reconnaît-il.
Des guides sont mis à la disposition des médecins libéraux, qui deviennent les relais d’information auprès des patients. L’INCa souhaite donc valoriser leur rôle, faire le lien avec eux dans le parcours de soins, qui ne dépasse pas un an en moyenne. Passé ce délai, « les patients restent très dépendants de la spécialité ou bien ils en sortent », d’où l’importance de ce décloisonnement au niveau du programme personnalisé d’après cancer.
Ce travail, qui devrait nécessairement s’articuler avec le programme de soins établi lors de l’entrée dans la maladie bénéficie aujourd’hui d’une expérimentation de coordination. « Nous observons que les conséquences sont très importantes pour la suite. On ne meurt plus du cancer et la surveillance doit être partagée. Cela suppose de la structuration, de la pédagogie de l’éducation et la formation de tous les acteurs sur ces changements qui seront nécessairement progressifs », explique Dominique Maraninchi, estimant désormais « raisonnable et nécessaire de faire sortir les personnes qui sont guéries de la maladie. »
Des formations pas assez nombreuses.
Le traitement des cancers et leur suivi ont longtemps été considérés comme très compliqués. « Après avoir fait la chirurgie et la radiothérapie, il s’agit de savoir si l’on prescrit ou non de l’hormonothérapie pendant cinq ans, de faire réaliser une mammographie bilatérale tous les ans pendant 10 ans et de rappeler la consultation médicale de suivi » résume le président de l’INCa, pour qui « cela semble à la portée de chacun. ». En s’appuyant sur les habitudes déjà prises dans le cadre du suivi d’un infarctus du myocarde, d’un accident vasculaire cérébral, il affirme « qu’il est temps de redonner de l’honneur et de la fierté à la médecine générale, qui permet de prendre en charge des maladies lorsque les prestations hospitalières ne sont plus indispensables. »
La prise en charge des cancers étant concentrée sur les phases aiguës ou de très haute morbidité, « les médecins généralistes se sont sentis exclus de ces pathologies ». Aujourd’hui, les formations concernant le suivi de ces cancers, les traitements qui seront administrés de façon chronique, ne sont pas assez nombreuses, estime l’INCa. En formation médicale continue, « le médecin reprend sa liberté lorsqu’il devient prescripteur. C’est sa juste place de surveillance à partir de référentiels et il doit devenir prescripteur de traitements chroniques. » Le président de l’INCa juge cette étape purement et simplement indispensable. « Aucun citoyen qui survit à son cancer n’a envie d’être pris en charge par l’hôpital pendant trente ans. Le médecin que l’on connaît bien doit pouvoir gérer cela », conclut-il.
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