LE QUOTIDIEN : Après un redressement judiciaire en juillet 2023. le groupe Sebbin a été placé début mars en liquidation judiciaire. Samedi 22 mars, les premiers licenciements ont été actés par la justice. Que s’est-il passé ?
PATRICK LICHTLÉ : Certains de nos clients ont malheureusement perdu confiance à la suite du redressement judiciaire de 2023. En 2024, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros alors que nous avions fixé l’objectif à 22 millions d’euros. Le marché des implants mammaires est en outre atone avec une diminution l’an dernier de 20 % des ventes pour l’ensemble des fabricants en France.
Dans le plan de redressement judiciaire, nous nous engagions à investir 7,5 millions d’euros sur trois ans. Au terme de la première année, 4,5 millions d’euros avaient déjà été dépensés, et uniquement pour combler les pertes… En outre, les résultats financiers se sont encore dégradés du fait d’un taux de déchets en production de 50 % depuis plusieurs années lié à un process industriel défectueux.
Enfin, au cours de cette même année, nous avons réalisé que les services n’avaient pas anticipé la nouvelle réglementation européenne relative aux dispositifs de classe 3 [qui incluent des implants, des stimulateurs cardiaques, des prothèses articulaires et des dispositifs de surveillance à long terme comme les moniteurs cardiaques implantables, NDLR]. L’obtention du marquage CE sous MDR [le règlement sur les dispositifs médicaux européen, NDLR] de 2027 se trouvait conditionné à la réalisation de nouvelles études cliniques dont le coût additionné à la perte d’exploitation représentait un besoin de financement annuel de cinq millions d’euros. Nous ne pouvions pas nous le permettre.
Je tiens à préciser que nous faisons le maximum pour les 125 salariés qui ont été licenciés 21 jours après le jugement. Nous avons souhaité mettre en place différentes mesures : une cellule psychologique, un accompagnement en termes de formation, une mutuelle pendant douze mois... Et les 40 postes actuellement disponibles au sein du groupe seront prioritairement proposés aux collaborateurs de Sebbin.
“Compte tenu des capacités de production du secteur, il n’y a aucun risque de pénurie de prothèses mammaires
Quel est l’impact de cette décision sur la pratique et l’économie de la chirurgie esthétique ?
En premier lieu, il n’existe plus de garantie liée aux implants mammaires de Sebbin puisque nous avons cessé notre activité, c’est le droit. Mais la matériovigilance continuera bien sûr d’être assurée par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique au travers du registre.
Ensuite, l’échange gratuit de nos implants ne sera plus possible mais là encore, je reste confiant, convaincu que nos concurrents répondront présents et proposeront un geste commercial pour aider les chirurgiens. Nous avons nous-mêmes agi de la sorte pour des sociétés qui étaient dans la situation que nous connaissons aujourd’hui. Enfin, compte tenu des capacités de production du secteur, je peux affirmer qu’il n’y a aucun risque de pénurie de prothèses mammaires. Cela étant précisé, nous allons demander une dérogation à l’ANSM afin de pouvoir offrir, à des établissements de santé, les stocks d’un autre dispositif médical destiné à accélérer la cicatrisation en cas d’opération de la fente palatine chez les bébés. Il s’agit d’une technique que Sebbin a été le seul à développer.
Souhaitez-vous adresser un message aux professionnels de santé ?
En premier lieu, j’aimerais rappeler que nos implants sont très sûrs comme en ont toujours attesté les différents contrôles des autorités publiques. Et ajouter que je suis désolé de placer les chirurgiens dans une situation inconfortable. Je sais que des interventions ont dû être repoussées en raison de la situation du groupe mais je ne pouvais malheureusement pas communiquer dans l’attente de la décision de justice. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour sauver Sebbin. Nous n’avons malheureusement pas réussi.
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