Gastro-entérites du nourrisson et du jeune enfant

Éviter la déshydratation puis la dénutrition

Publié le 26/11/2015
Article réservé aux abonnés
90 % des gastro-entérites sont d’origine virale

90 % des gastro-entérites sont d’origine virale
Crédit photo : PHANIE

Les gastro-entérites se caractérisent par l’émission fréquente (plus de 3 par jour, ou augmentation de 50 % du nombre habituel) de selles trop liquides, correspondant à une augmentation du contenu fécal en eau, auxquelles s’associent fréquemment des vomissements et de la fièvre.

« L’interrogatoire de la famille doit permettre de différencier la diarrhée aiguë due à la gastro-entérite (survenue de façon brutale en 48 heures à trois jours) de la diarrhée chronique ou récidivante qui se pérennise dans le temps et qui peut être due à une pathologie (maladie cœliaque, notamment) », indique le Dr Jean-Pierre Chouraqui, gastro-entérologue et nutritionniste au département médico-chirurgical de pédiatrie du CHU de Lausanne.

Le risque essentiel de la diarrhée liée à une gastro-entérite est la déshydratation, puis, la dénutrition

Dans ces conditions, le traitement des diarrhées aiguës dues à une gastro-entérite est la réhydratation, le plus souvent, par le biais d’un soluté de réhydratation orale (SRO). Ce traitement doit être proposé d’emblée à l’enfant afin d’éviter le risque de déshydratation (les SRO ne modifient pas la consistance des selles). Les SRO se présentent sous forme de sachets à diluer dans 200 ml d’eau faiblement minéralisée, conservée au réfrigérateur et à utiliser dans les 24 heurs qui suivent la reconstitution.

« Le SRO doit être administré par petites quantités fréquentes, successives (environ 10 ml/kg toutes les 15 à 60 minutes), de manière à assurer un apport de 100 ml/kg sur 4 à 6 heures, au début, puis au moins 10 ml/kg après chaque selle et à la demande. Il faut, par ailleurs, proscrire les boissons à base de cola, inadéquates du fait de leur faible teneur en sodium, en potassium et de leur forte osmolarité et éviter, également, les solutions ménagères (soupe de carottes, eau de riz...) pas suffisamment riches en sodium. Durant les 6 premières heures de traitement par SRO, des anti-diarréiques peuvent aider à amenuiser les selles molles », explique le Dr Chouraqui. Mais il ne peut s’agir là que d’un traitement d’appoint de la SRO.

Réalimenter de façon précoce

Au bout de 6 heures, il faut, en effet, réalimenter le tout-petit en le remettant au sein s’il bénéficie de l’allaitement maternel. S’il n’est pas allaité au sein et si sa diarrhée ne présente pas de signe de gravité, l’enfant peut prendre son lait habituel. « En revanche, lorsque l’enfant a moins de 4 mois et que sa diarrhée est sévère, il doit être réalimenté par le biais d’hydrolysats poussés de protéines de lait de vache* », précise le Dr Chouraqui.

Au stade de réalimentation, deux médicaments d’appoint ont démontré une certaine efficacité pour raccourcir la durée d’évolution de la gastro-entérite et améliorer la consistance des selles : la smectite (Smecta) et le Saccharomyces boulardii. « Les diarrhées sévères peuvent, par ailleurs, être prévenues grâce au vaccin contre le rotavirus qui permet de diminuer le risque de diarrhées dues au rotavirus (les plus graves) mais qui ne préviennent pas les gastro-entérites dues à d’autres virus. Par ailleurs, les antibiotiques n’ont pas d’indication dans la gastro-entérite aiguë, si ce n’est dans certaines diarrhées entéro-invasives bactériennes et dans les formes sévères de gastro-entérites à Salmonelles, Yersinia ou Campylobacter jejuni (macrolides) », souligne le Dr Chouraqui. L’évolution habituelle d’une gastro-entérite est de 2 à 5 jours, mais peut persister jusqu’à 3 semaines, selon l’agressivité du virus.

*J-P Chouraqui, A.-P. Michard-Lenoir Alimentation au cours des diarrhées aiguês du nourrisson et du jeune enfant, Archives de pédiatrie 14 (2007) S 176-S 180.
Hélia Hakimi-Prévot

Source : Le Quotidien du Médecin: 9453