La santé au travail est un bon observatoire de ce qui se passe plus globalement dans la société. Notamment, la mondialisation et les mesures d'austérité actuelles secondaires à la crise financière puis économique ont des conséquences sur la santé en général et sur la santé au travail, conséquences qui varient selon les pays en fonction des mesures sociales.
Le « job strain » des Anglo-Saxons, qui s’est accentué en période de crise économique (insécurité de l’emploi notamment), est une source de troubles de la santé mentale et de maladies cardiovasculaires. « La conférence donnée par Johannes Siegrist sur le thème "Économie globalisée, crise économique et impact sur la santé au travail" devrait à cet égard être riche d'enseignements », souligne le Pr Vincent Bonneterre.
Une première séance plénière est consacrée à la mise en évidence des risques émergents. Cette problématique peut être abordée selon deux approches complémentaires. L'une centrée sur les risques a priori, comme celle conduite par l'observatoire des risques émergents de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA). Et l'autre centrée sur l'analyse des pathologies, qui part donc des observations cliniques : il s'agit de celle développée par le réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (rnv3p). Le rnv3p regroupe l’ensemble des centres de consultations de pathologies professionnelles français ainsi que quelques services de santé au travail. L’Anses en est l’opérateur depuis 2010. « L’une des missions du rnv3p est de faciliter le repérage d'événements cliniques susceptibles de traduire un nouveau problème sanitaire, et parfois dénommés "signaux", indique le Pr Vincent Bonneterre. Pour ce faire, le rnv3p a développé une démarche active de détection de ces signaux, qui peuvent provenir soit directement des cliniciens (centres de consultations de pathologies professionnelles), soit être d’abord mis en évidence par la fouille automatisée des données du rnv3p, soit encore provenir d’une veille internationale ». Ces signaux font secondairement l’objet d’investigations (1).
Observations cliniques
Une quarantaine de signaux ont ainsi été analysés. En fonction de la gravité, de l’imputabilité et du nombre de cas, diverses mesures peuvent être prises. La dernière alerte en date provient de l’activité de veille et constitue un parfait exemple de cette approche. Le recours de plus en plus fréquent à la pierre reconstituée, très riche en silice cristalline, est une nouvelle source de silicose, initialement décrite en Israël, puis en Espagne, Italie, au Brésil et aux États-Unis. Ceci a conduit l’ANSES à générer une alerte (à destination de ses partenaires et du ministère du travail) et à mettre en place un groupe de travail sur les conditions d’exposition à la silice avec étude de filières. Cette alerte est redescendue, via les médecins inspecteurs du travail, aux médecins du travail, et via la CNAM aux CARSAT, également fortement impliquées dans la prévention des risques professionnels.
Cette démarche de vigilance à point de départ clinique fait l’objet de collaborations au niveau Européen. Le système mis en place en Belgique et aux Pays-Bas est présenté au cours de cette session. « Nous avons commencé à développer avec le concours de l’Anses un outil pour faciliter les échanges d'informations entre spécialistes européens de pathologies professionnelles », poursuit le Pr Bonneterre.
Le dispositif complémentaire des « groupes d'alerte de santé au travail (GAST) » conduit par l’InVS fera également l'objet d'une mise au point lors de la première séance plénière et de façon plus détaillée en atelier.
Un retour sur les mesures prises
La seconde session plénière est consacrée à l'apport des principaux systèmes de surveillance pour décrire les tendances évolutives des pathologies professionnelles. Une des expertises les plus pertinentes vient du Royaume-Uni, avec le système de surveillance épidémiologique THOR, basé sur des données issues des réseaux de spécialistes. En analysant les modifications de l’incidence des différentes pathologies attribuées au travail, il a notamment permis d'évaluer l'effet des directives européennes sur l'incidence de certaines pathologies. Par exemple, la réduction du taux de chrome dans les ciments s'est accompagnée d'une diminution de l'incidence des dermatoses de contact. « Ce retour sur les mesures prises est essentiel afin qu'elles ne soient pas considérées uniquement comme des contraintes », insiste le Pr Bonneterre. Cette plénière est aussi l'occasion de présenter des données françaises sur l'augmentation de la souffrance psychique au travail (réseau MCP, InVS), le suivi des pathologies professionnelles avec le dispositif Evrest, et les perspectives de production d’information directement à partir des SI des services de santé au travail.
D'après un entretien avec le Pr Vincent Bonneterre, CHU Grenoble-Alpes
(1) Bonneterre V et al. Détection, expertise et prise en compte des suspicions de nouvelles pathologies professionnelles (« pathologies émergentes »). Revue INRS, Références en santé au travail. Septembre 2014. N° 139
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