« SI J’ÉTAIS un médecin, a écrit le philosophe britannique Bertrand Russell , je prescrirais des vacances à tout patient qui considère que son travail est important » Cette pensée clôt l’éditorial qui accompagne un travail finlandais suggérant que 3 à 4 heures supplémentaires de travail par jour majorent de 60 % le risque de maladie coronarienne. Un constat qui tire sa force du nombre et de la durée des sujets surveillés.
En effet, comme le précisent les auteurs, Marianna Virtanen (Helsinki) et coll (dont Archana Singh-Manoux, INSERM U687, Paris), la faiblesse des travaux antérieurs sur ce thème était leur caractère rétrospectif. Comment évaluer les heures de travail accomplies par le passé ? La survenue d’une coronaropathie ne risque-t-elle pas de faire gonfler la perception et la quantité de travail fournis auparavant ? Seule l’enquête prospective peut mettre en évidence un lien entre les heures supplémentaires et une atteinte coronarienne.
6 014 personnes âgées de 39 à 61 ans.
C’est donc aux données d’une cohorte constituée de longue date au Royaume-Uni que se sont intéressé les auteurs. La cohorte Whitehall II a, de fait, été constituée fin 1985. Cependant le travail publié dans le « European Heart Journal » s’est intéressé à sa phase 3 qui avait enrôlé des fonctionnaires britanniques. En effet, entre 1991 et 1994 est apparue une question concernant les heures de travail. Sur plus de 7 600 enrôlements, l’analyse finale a pu être réalisée sur 6 014 personnes (4 262 hommes et 1 752 femmes). Âgées de 39 à 61 ans elles ont été suivies jusqu’en 2002-2004, soit 11 ans en moyenne.
Les données statistiques apparaissent simples et claires, plus hypothétique reste leur explication. « Nous avons trouvé que 3 à 4 heures de travail supplémentaires par jour (NDR : par rapport à 7 heures quotidiennes) sont associées à un risque 1,56 fois plus élevé de maladie coronarienne, après prise en compte des effets des facteurs démographiques et de divers facteurs connus de coronaropathie. » Une association similaire existe lorsqu’il s’agissait d’inclure les décès d’origine coronarienne et les infarctus du myocarde non fatals. En revanche, ces 3 à 4 heures de plus ne majorent pas le risque de décès toute cause.
Même si la relation persiste en tenant compte des facteurs de risque coronarien, les auteurs relèvent un lien entre les heures supplémentaires, le tabagisme et un HDL cholestérol bas. Mais ces deux éléments n’expliquent pas la conclusion générale de l’étude.
Surreprésentation du comportement de type A.
Sur ce thème des hypothèses explicatives, les auteurs demeurent dubitatifs. Il existe, expliquent-ils, une surreprésentation du comportement de type A chez ces gros travailleurs. Ils sont souvent atteints de « détresse psychologique » (associant dépression et anxiété) et sont probablement en manque de sommeil. À propos des individus de type A, les statistiques montrent qu’un ajustement des résultats selon ce comportement atténue le risque de 11 à 12 %. Ce qui laisse entendre qu’une partie de la relation heures supplémentaires-atteinte coronarienne est due à ce profil psychologique particulier. L’équipe rappelle que l’individu de type A se caractérise par son combat incessant, chronique visant à en faire de plus en plus, en un temps de plus en plus court. Il se montre souvent agressif et irritable.
Une autre caractéristique apparaît. Ces « gros bosseurs » n’hésitent pas à venir travailler alors qu’ils sont souffrants. Il ne s’agit pas d’un problème pécuniaire, puisqu’ils tiennent souvent des postes élevés avec un salaire en conséquence. D’ailleurs le surrisque coronarien est apparu moindre chez les salariés à grande latitude de décision que chez ceux à choix restreints, alors que de façon surprenante aucun lien n’a pu être établi avec le stress professionnel.
Bien que le caractère prospectif du travail finlandais en renforce la valeur, les auteurs lui reconnaissent quelques faiblesses : peut-être reste-t-il des facteurs confondants ; peut-être ont-ils évolué avec le temps ; aucune certitude n’existe sur la pérennité des heures supplémentaires pendant les 11 ans ; les troubles anxio-dépressifs n’ont pas été authentifiés ; les ouvriers, enfin, n’étaient pas représentés.
Autant de constats qui permettent à Gordon T. McInnes (Glasgow) de conclure, dans un éditorial, que les médecins doivent tenir compte de ce risque lié aux heures supplémentaires. Il convient de se montrer particulièrement vigilant devant tout facteur de risque cardiovasculaire chez les bourreaux de travail.
European Heart Journal, doi :10.1093/eurheartj/ehq124 et 116.
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