LES STATISTIQUES sur les maladies professionnelles semblent devenues un sport national. Pourtant, l’hétérogénéité des résultats présentés ici où là invite à la prudence. La méthode de comptage des maladies professionnelles serait presque aussi élastique que celle des manifestants selon les méthodes de calcul employées par l’assurance-maladie, les employeurs, la médecine du travail… Des incohérences que l’IGAS n’a pas manquées de le souligner dans son rapport qui dressait un bilan de la réforme de la médecine du travail il y a trois ans.
Pourtant, grâce au renforcement du contrôle interne, la CNAMTS dispose de chiffres étonnants depuis 2009. Pour ne prendre que l’exemple cuisant des indemnités journalières versées aux assurés relevant du régime général, et bien la caisse nationale estimait à 2,4 milliards le total des sommes versées dans le cadre d’accidents du travail ou de maladies professionnelles. Un risque qui pèse donc désormais concrètement sur le budget de l’État à tel point que la Cour des Comptes s’est naturellement penchée sur la gestion de ces risques. Cette même année, la CNAMTS a dépensé 8,13 milliards d’euros au titre de ces maladies professionnelles. La posture, le poids des charges soulevé, où le temps passé devant un écran d’ordinateur ne sont plus les seuls, les éléments pris en compte. Aujourd’hui, de multiples efforts sont réalisés pour déceler des risques nouveaux, recherchez établir et documenter et la silencieuse recrudescence de risque émergent. Des risques qui trouvent aussi leur origine dans le rapport au public. Frédéric Oyhanondo, directeur des relations sociales du pôle personnel et relations sociales au Conseil général de la Seine Saint-Denis qui met en place un service de santé au travail mobilisant 20 personnes, évoque par exemple « le dispositif mis en place pour mieux organiser la prise en charge des agents victimes d’événements violents et pour les salariés qui se sentent menacés dans leur intégrité physique ou psychique au travail. »
Méthode pluridisciplinaire
Pour s’en faire une idée précise, la mission d’information sur le mal-être au travail, qui poursuit ses investigations au niveau du Sénat avait reçu plusieurs directeurs de ressources humaines de grandes entreprises privées françaises, invités à expliquer à l’occasion le déploiement de leurs efforts dans ce domaine.
L’occasion pour Frantz Bléhaut, directeur des ressources humaines de Michelin France, d’indiquer que l’entreprise se préoccupe depuis 2002 du stress et des risques psychosociaux, en portant ses efforts tout particulièrement sur le moyen de les repérer pour réagir de façon adéquate. Pas moins de 2700 personnes auraient bénéficié de formation spécifique au sein du groupe et « les entreprises procèdent régulièrement avec les médecins du travail à une enquête individuelle pour diagnostiquer les situations difficiles. »
En accord avec les partenaires sociaux, Michelin France affirme expérimenter une nouvelle méthode pluridisciplinaire. Des équipes constituées d’un manager, un médecin, un ergonome et des membres du CHSCT sont chargés d’identifier ensemble les postes les plus exposés.
Dans un tout autre secteur d’activité, Benoit Dehaye directeur des affaires sociales du groupe SFR affirme avoir conclu en 2000, des accords sur la qualité de vie professionnelle qui aborde notamment les problèmes du stress, du harcèlement, des conditions de travail allant jusqu’à la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.
En développant des outils de prévention et notamment créant une cellule d’écoute accessible 24 heures sur 24, ligne au bout de laquelle tous les salariés peuvent recevoir un soutien psychologique, Benoit Dehaye explique que les résultats de ces premières initiatives l’on amenés à créer il y a un an un observatoire du stress, placé sous la responsabilité de la médecine du travail. Une attention qui passe aussi par des initiatives qui peuvent parfois surprendre, à commencer par le personnel. SFR mise aussi sur la journée sans e-mail, pour que les gens au sein de l’entreprise reprennent l’habitude de se parler. Benoit Dehaye regrette « l’approche juridique, voire contentieuse, de l’inspection du travail ou de la caisse régionale d’assurance-maladie qui ne prenne pas encore suffisamment en compte la finesse de la réalité de ces problèmes de stress dans l’entreprise. Le travail ne doit pas être envisagé seulement sous l’angle de la pénibilité, il est aussi un lieu où les individus peuvent se réaliser et dans ce domaine les médecins du travail doivent faire face à de si nombreuses obligations qu’ils manquent de temps pour gérer les problèmes de stress,» affirmait-il devant la mission d’information sénatoriale sur le mal-être au travail.
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