DE NOTRE CORRESPONDANT
SI TOUS LES SALARIÉS sont assujettis à la médecine du travail, cela ne signifie pas que toutes les personnes qui travaillent passent à travers ses services : entre les retraités, les sans-emploi ayant travaillé et tous ceux qui pour diverses raisons ne voient jamais de médecin du travail, il reste difficile de mesurer l’incidence réelle des maladies à composante professionnelle (MCP) sur l’ensemble de la population, alors qu’il serait pourtant utile de connaître ces chiffres.
C’est dans cette optique que l’Union régionale des médecins libéraux d’Alsace (URMLA) a incité, l’an dernier, les médecins de la région à se former à la découverte et à la déclaration de MCP, dans le cadre de ses programmes de santé publique. Cinquante-deux médecins volontaires ont accepté, ensuite, de recenser pendant deux semaines toutes les maladies à caractère professionnel qu’ils découvraient dans leur clientèle, et ces données ont pu être comparées aux recensements effectués, avec une méthodologie comparable par les médecins du travail de la région.
Les chiffres de la quinzaine 2009, qui viennent d’être publiés, montrent que la prévalence de ces maladies est supérieure à ce qui était communément admis, étant donné que certains patients « échappent » à la médecine du travail. Au final, 5,7 % des 6 000 patients vus pendant la quinzaine 2009 présentaient au moins une MCP, avec en premier lieu des troubles musculo-squelettiques (TMS), surtout chez les ouvriers, puis des troubles psychopathologiques surtout chez les cadres. Ils sont suivis, mais de loin, par les irritations et allergies respiratoires et visuelles, et les troubles auditifs. Par ailleurs, les médecins ont détecté une pathologie tumorale d’origine professionnelle chez 7 patients, majoritairement des ouvriers retraités.
Afin d’obtenir des comparaisons, les médecins du travail ont effectué eux aussi des relevés systématiques de MCP pendant deux semaines, mais uniquement chez des salariés. Ils ont établi une prévalence des MCP de 7,2 %, dont une moitié de TMS. Les données des médecins libéraux viennent donc compléter celles des médecins du travail, et montrent l’intérêt d’inclure des populations d’ordinaires non touchées par la médecine du travail pour étudier ces pathologies.
Nouvelle campagne.
Comme l’a rappelé le Dr Pascal Charles, président de l’URMLA, cette étude, la première de ce type en France, doit aussi conduire les médecins à interroger plus souvent leurs patients sur leurs activités professionnelles, afin de mieux les prendre en compte dans leurs diagnostics et leurs traitements. En outre, ont souligné les responsables de l’URMLA, cette étude montre que la médecine libérale est aussi un « outil de santé publique » qui mérite d’être mieux exploité et valorisé.
Pour toutes ces raisons, les recensements de MCP par les médecins libéraux de la région vont reprendre du 7 au 21 juin prochains, dans des conditions identiques à la campagne de l’an dernier. Cette quinzaine 2010 permettra, selon ses promoteurs, d’affiner encore les données sur les MCP, et s’effectuera en partenariat avec plusieurs autres structures de santé régionales, ce qui en augmentera encore l’intérêt et l’efficacité.
Les résultats complets de la quinzaine 2009, ainsi que sa méthodologie détaillée, sont consultables sur le site de l’URMLA : www.urml-alsace.fr
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