Les troubles musculosquelettiques (TMS) feront l’objet de nombreuses communications lors du congrès. « On sait évidemment déjà beaucoup de choses sur le sujet, notamment le fait que les TMS sont des pathologies d’hypersollicitation des membres et du rachis liées à l’activité professionnelle. Les principaux facteurs de risque démontrés sont le travail en force, les postures inconfortables et la répétitivité », indique le Pr Alexis Descatha, du service de santé au travail de l’hôpital Raymond Poincaré à Garches.
« Mais plusieurs communications lors du congrès vont donner l’occasion de discuter des éléments qui permettent d’expliquer ces facteurs de risque. Parmi eux, on trouve notamment une mauvaise organisation collective du travail. On le voit en pratique. Certaines entreprises ont réussi à bien organiser le travail et à faire ainsi diminuer la prévalence et l’incidence de ces pathologies d’hypersollicitation. D’autres, qui travaillent à flux tendu avec un aspect normatif important, génèrent du stress psychologique et des facteurs biomécaniques. Et c’est un facteur qui peut expliquer l’épidémie de TMS dans certaines entreprises où des réorganisations ont été faites un peu vite », indique le Pr Descatha.
Le rôle du médecin du travail n’est alors pas seulement de faire le diagnostic mais d’essayer de faire évoluer l’organisation du travail dans l’entreprise. « Il est certes primordial, au départ, d’identifier les causes, d’isoler par exemple un problème de répétitivité, de cadences, de postures ou de travail en force. Mais il ne faut pas s’arrêter là. En s’appuyant sur une approche pluridisciplinaire, en lien par exemple avec des ergonomes, le médecin du travail doit sensibiliser le chef d’entreprise au vrai problème à l’origine de ces TMS et à la nécessité d’organiser différemment le travail ou à augmenter le nombre de personnels, et sur le long terme, comme le montrent des travaux d’Angers (Équipe du Pr Roquelaure en lien avec Santé Publique France), de Grenoble et Toulouse, de l’INRS, de l’ANACT. À court terme, cela a un coût, mais à moyen et long terme, c’est rentable sur le plan économique et humain », souligne le Pr Descatha.
Ce congrès devrait aussi être également l’occasion de dissiper quelques idées reçues sur le TMS. « Une communication va notamment infirmer l’idée selon laquelle le travail sur ordinateur pourrait être responsable de certaines pathologies telles que le syndrome du canal carpien. En s’appuyant sur une étude française et américaine, cette étude va montrer que, plus on travaille sur ordinateur, moins on a des risques de développer cette pathologie. En soi, le travail sur ordinateur ne protège pas du syndrome du canal carpien, mais simplement il existe moins de risque de syndrome du canal carpien comparativement aux expositions biomécaniques délétères que l’on peut trouver dans les travaux pénibles en force », souligne le Pr Descatha.
D’autres communications vont concerner le travail avec un marteau-piqueur. « On connaît bien sûr les pathologies distales au niveau du canal carpien, du coude ou de l’épaule. Mais lors du congrès, on verra aussi des travaux sur les membres inférieurs qui peuvent être affectés par un travail avec un marteau-piqueur. Certains opérateurs, en effet, guident leur engin avec le pied ou le genou », indique le Pr Descatha, en relevant aussi que, de manière générale, les pathologies au genou sont parfois classées en maladies professionnelles, et parfois non. « On sait pourtant que certaines expositions massives dans les travaux publics, le secteur minier ou le secteur agricole sont probablement des facteurs de risque professionnels d’arthrose de genou voire de hanche », indique le Pr Descatha.
D’après un entretien avec Alexis Descatha, professeur de médecine et santé au travail (hôpital Raymond Poincaré à Garches, APHP), université Versailles-Saint Quentin, épidémiologiste spécialisé dans les TMS, médecin au Samu 92
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