LE QUOTIDIEN - Vous avez remis il y a 18 mois à Xavier Bertrand, alors ministre du Travail, un rapport sur les risques psychosociaux au travail*. Qu’est-il devenu ?
Dr PATRICK LÉGERON, directeur du cabinet Stimulus - M. Bertrand avait fait siennes les 9 mesures que nous préconisions, Philippe Nasse et moi. En particulier, il avait souscrit à la nécessité, face à des travaux de recherche extrêmement dispersés, de forger enfin un indicateur global pour mesurer les risques psychosociaux, de la même manière qu’il existe un indicateur du chômage. C’est indispensable pour poser un diagnostic spécifique sur le stress, les dépressions nerveuses et toutes les atteintes à la santé psychologiques dans les entreprises, petites et grandes. Nécessaire pour agir à moyen et long termes, cet outil est actuellement en cours d’élaboration au sein d’un groupe de travail dirigé par l’INSEE, avec la DRASS (ministère de la Santé), la DREES (ministères du travail et de la Santé) et l’InVS (Institut de veille sanitaire). Cet indicateur devrait être opérationnel courant 2010.
La réflexion se poursuit. Mais à quand des actions concrètes ?
L’urgence de lancer une politique en la matière est d’autant plus pressante que la crise financière, comme l’a remarqué l’OMS (Organisation mondiale de la santé), est devenue une crise économique et une crise sociale, en propageant une crise de la santé au travail. Des événements d’actualité comme ceux que nous connaissons font tomber le tabou derrière lequel les entreprises se sont longtemps abritées, tour à tour dans une posture de déni, comme s’il n’y avait pas une aggravation de la pénibilité au travail, et dans un réflexe de peur : aborder le sujet du non-épanouissement au travail risquerait, redoutent à tort beaucoup de patrons, d’ouvrir la boite de Pandore sur le terrain social. Ces blocages ont fait de la France le mauvais élève européen en ce domaine, très loin derrière les pays scandinaves ou anglo-saxons.
Or, aujourd’hui, nous assistons à une prise de conscience générale : la souffrance au travail doit être traitée par les entreprises à bras-le-corps et mobiliser non pas seulement les DRH, mais les chefs d’entreprises comme un enjeu stratégique majeur. C’est un nouveau management qu’il faut inventer.
Pratiquement, quelles solutions envisagez-vous ?
Il ne faut surtout pas s’enfermer dans des perspectives purement pathologiques et idéologiques, mais s’inscrire dans des bonnes pratiques scientifiquement validées en luttant tout d’abord contre les causes de stress, à tous les niveaux de l’entreprise, sur le plan individuel et collectif. En deuxième lieu, il faut protéger les salariés en veillant à ce qu’ils ne soient pas déstabilisés par les changements et les mutations. Enfin, il faut prendre en charge psychologiquement et médicalement les salariés quand c’est nécessaire. L’ensemble de ces actions relève d’un management de la santé psychologique, au cur des multiples conflits qui affectent le monde du travail, à la frontière privée et de la sphère sociale, que ce soit dans les grands groupes qui défrayent l’actualité, ou dans les toutes petites entreprises dont ne parlent jamais les médias.
* Voir « le Quotidien » du 14 mars 2008.
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